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Tribune. Notre pays a longtemps souffert des complots. De la haine entre ses propres fils !

Le silence est un choix personnel et non pas criminel et lutter pour une belle cause est juste mais connaitre notre histoire individuelle et commune est mieux !

Claude Guyot laissait entendre ceci : « Le devoir de mémoire se définit avant tout comme étant le fait de se rappeler les évènements marquants du passé. On ne peut pas, à mon avis, façonner le présent et préparer l’avenir sans se retourner sur son histoire personnelle et sur notre histoire commune. C’est cela, pour moi, s’atteler au devoir de mémoire ».

Les faits historiques qu’ils soient glorieux ou sombres font partie de notre identité à part entière, du rôle de chacun ou de tous à tous les niveaux.

Lorsque la confusion s’installe, que le doute subsiste, que les rôles s’inversent, que la volonté de nuire s’active, qu’on essaie de fomenter la mémoire du passé, que le retour du refoulé s’adonne à cœur joie à donner de leçon, il est important, dans cette cacophonie créée, de rappeler à chacun son histoire et ses responsabilités, ses devoirs vis-à-vis du présent et du futur. C’est une opération de salubrité mémorielle sans aucune prétention de trahir les faits et de s’accomoder au temps.

Retour au procès des nouveaux maîtres à penser

Karl Marx affirmait dans le manifeste du parti communiste que : « Celui qui ne connait pas l’histoire, est condamné  à la revivre ».

Notre présent est la somme de plusieurs parenthèses de notre existence. À chaque passage quel que soit le temps, il est important du premier au dernier chapitre, de connaitre la succession des temps, des faits et des hommes afin de minimiser le risque de dérapages et de dématérialisation de notre histoire individuelle et collective dans l’émotion de jeunesse ou le piège des acteurs qui à un moment donné avec le don naturel de grande pirouette changent de mots et de ton au gré des intérêts. C’est le cynisme très propre à l’homme politique qui comme un acteur sur scène peut jouer plusieurs rôles parfois très contradictoire.

Comme dans un film, on connait qui est qui dans ce pays. Qui a fait quoi et qui a dit quoi. Notre histoire commune est très jeune et elle est loin d’un montage de bric-à-brac.

Puisque la volonté de quelques-uns pour une raison ou pour une autre est de raser notre vraie histoire commune à tous, il est cependant de notre devoir impérieux de déterrer le passé de chacun pour le confronter aux besoins du moment et pour une meilleure appropriation par la nouvelle génération de notre histoire individuelle et collective pour une meilleure appréciation.

Depuis plus de deux décennies, les acteurs politiques de la Guinée sont les mêmes et les besoins du pays restent les mêmes.

Si aujourd’hui, on parle des intangibilités constitutionnelles, il a fallu l’engagement et la détermination de quelques acteurs clés de la transition militaire en 2010 avec l’accompagnement des citoyens. Au sommaire desquels figurent : le Général Sékouba Konaté, Tibou Kamara… tous deux dont la tranche d’âge se situait autour de 30 à 40 ans.

Le sacrifice consenti fût énorme. La volonté de céder aux civils le pouvoir caractérisait leur esprit démocratique et leur amour pour le pays. Du bout de leurs efforts, le pays s’est doté d’une Constitution qui détermine la création, l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs, l’acquisition et la transmission du pouvoir.

Un civil et un militaire, l’un fût à la fois le cerveau et la boîte à penser du second, et ce dernier n’était autre qu’un homme épris de paix et très respectueux de la parole donnée. Malgré leur jeune âge, ils n’ont songé un seul instant à se maintenir aux commandes au-delà des engagements pris. Pas une seule tentation de rester. Passer la main et partir était leur bréviaire.

Triste est de savoir qu’une démocratie construite au prix du courage et de l’intelligence se désagrège sous l’autel de la haine et de la cruauté politique. Nulle part dans le monde, un homme n’a été condamné pour son silence sur un sujet d’opinion. Ni par jurisprudence ni par jugement populaire, que le silence soit synonyme de consentement ou de rejet. C’est un choix personnel et non pas criminel.

S’il faut traduire devant le tribunal de l’histoire chaque acteur pour son rôle dans les différentes étapes de notre vie, il faut commencer par le commencement. Car de tous les régimes, il y a des colombes mais aussi des faucons. Des conspirateurs et confusionnistes.

Notre pays a longtemps souffert des complots. De la haine entre ses propres fils. La démarche de chaque être traduit expressément sa personne. Sinon, comment comprendre qu’un groupe avec un passé moins glorieux, parsemé de confusions et reniement de sa propre histoire peut sans hésitation lire dans les pensés  des autres, les cataloguer avant de couvrir leur vécu d’un tissu noir.

Avant de prendre la parole et être audible, il faut s’assurer de ton passé. Notre démocratie n’a pas vécu aussi longtemps que le monde. Heureusement que les 98% des acteurs sont encore en vie. Tout le monde peut s’autoproclamer témoin de l’histoire. Mais seuls très peu voire 1% de ces témoins peut revendiquer le titre d’acteur majeur ou incontournable.

Le paradoxe chez nos bons démocrates est qu’ils sont avec des gens qui ont été des architectes des pouvoirs à vie sous d’autres cieux au moment où ils avaient la main à la patte et d’autres, ont le sang sur la main mais aujourd’hui, ils sont acclamés des deux mains comme s’ils n’ont rien sur leur conscience.

Comment accorder un bénéfice du doute au Chef de l’État et condamné d’autres pour leur silence ? Mais comme on aime à le dire, si les donneurs de leçons pouvaient commencer par se les appliquer à eux-mêmes, on les entendrait moins.

Oui au combat de principes et non au débat de personnes. Que l’accessoire ne nous détourne pas de l’essentiel.

 

Vive l’alternance démocratique !

Vive la constitution de 2010 !

Au prochain !

 

Par Habib Marouane CAMARA

Journaliste et analyste politique

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