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La loi islamique proscrit les prêts à intérêt: ces emprunts islamiques qui ont le vent en poupe dans les pays africains

De plus en plus des pays africains se livrent à des emprunts conforment ou similaires aux principes islamiques. Mais comment fonctionnent les sukuk créés par la Malaisie dans les années 80, ces emprunts islamiques qui ont le vent en poupe dans les pays africains.

Ces emprunts conformes aux prescriptions islamiques sont de plus en plus utilisés par les gouvernements africains pour diversifier leurs sources de financement et attirer les liquidités des investisseurs du Golfe.

La finance islamique a le vent en poupe en Afrique. Désireux de diversifier leurs sources de financement, de plus en plus d’États émettent des sukuk, une forme d’emprunts conforme aux principes musulmans. En début d’année, la première opération du Bénin, pour 500 millions de dollars, a été un franc succès. L’Algérie s’est aussi lancée en janvier, pour près de 2 milliards d’euros, selon le média Ecofin. Le Sénégal, l’un des pionniers, devrait lui aussi réaliser une quatrième émission prochainement.

L’an passé, les émissions ont atteint 3 milliards de dollars en Afrique, dont 2,8 milliards par l’Égypte qui est revenu sur ce marché après un an de pause, contre 112 millions de dollars en 2024, selon les chiffres communiqués par l’agence de notation Fitch à Reuters. À titre de comparaison, les pays africains ont émis 13 milliards de dollars d’obligations classiques.

Ces sukuk sont donc devenus une véritable source de financement alternative. Habituellement, les pays s’endettent en émettant des obligations et les prêteurs sont rémunérés par des intérêts. Or, la loi islamique proscrit la perception et le paiement d’intérêts (« riba » en arabe). Cet interdit repose notamment sur l’idée que le profit doit être le fruit d’un effort ou d’un risque. Nés en Malaisie dans les années 1980, les sukuk sont une manière de s’y conformer en rémunérant autrement le prêteur.

« Les titres sont adossés à des actifs tangibles et conformes à la loi islamique. Leur rémunération est liée à celle de l’actif concerné », explique Ghassen Bouslama, professeur au département Finance de Neoma, interrogé par BFM Business.

Autrement dit quand on investit dans un sukuk c’est comme si on devenait actionnaire d’une entreprise publique et qu’on touchait une partie des revenus de la structure. On est rémunéré pour son « prêt » mais pas par un taux d’intérêt.

Lors d’une précédente émission, les sukuk émis par le Sénégal étaient par exemple adossés à des actifs de l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor de Dakar et leur rémunération était liée aux revenus générés par cet aéroport. Ces sukuk avaient alors un rendement annoncé de 6% par an, rapporte le média sénégalais Le Soleil.

Un marché en forte croissance

Compte tenu de leur nature, ces sukuk sont particulièrement adaptés au financement des infrastructures, alors que l’Afrique manque de capitaux pour soutenir leur développement (le déficit est estimé à 150 milliards de dollars par an). Leur mise en place requiert toutefois un cadre légal et technique complexe à mettre en oeuvre.

« Pour les pays concernés, cela permet aussi de diversifier leurs sources de financement et d’attirer de nouveaux investisseurs dans les pays musulmans, comme les fonds d’investissement des pays du Golfe par exemple, qui ont d’importantes liquidités », poursuit Ghassen Bouslama, auteur d’un article de recherche sur le sujet.

L’essor de ces instruments intervient de plus dans un contexte de resserrement des financements pour de nombreux pays africains, comme le Sénégal où l’ex-président Macky Sall est accusé d’avoir dissimulé une partie de la dette du pays, qui s’élève désormais à 132%. Cela a plongé le Sénégal dans une situation économique très délicate. Fin 2025, l’agence de notation Standard & Poors (S&P) a abaissé la note de la dette à long terme du Sénégal, à « CCC+ », un niveau qui complique l’accès au marché obligataire.

À ce stade, l’Afrique ne représente toutefois qu’une toute petite partie du marché des sukuk, dont les émissions mondiales ont atteint 264,8 milliards de dollars américains en 2025 (+13%), selon Standard & Poors. L’encours est supérieur à 1.000 milliards de dollars et des pays européens comme le Royaume-Uni se sont lancés.

Avec BFM Business