Chronique. Lorsque la trahison cesse d’être une exception pour devenir le ferment de la vie politique en Guinée, lorsqu’elle s’érige en centre de gravité autour duquel gravitent nombre d’acteurs publics, alors la vigilance n’est plus une simple vertu : elle devient une nécessité.
Je refuse de cheminer aux côtés de ceux qui ont un pied dedans et un pied dehors, de ceux qui modifient leurs positions au gré des circonstances et de leurs intérêts immédiats, passant d’un camp à un autre avec une étonnante facilité, tels des singes bondissant de branche en branche dans la forêt de Ziama.
Une telle attitude est non seulement regrettable, mais aussi profondément préjudiciable à la crédibilité de l’action politique.
En Guinée, certains tentent de banaliser la trahison en politique, comme si l’opportunisme, le reniement et l’inconstance constituaient des attributs naturels de l’engagement public. Cette conception est dangereuse. Elle contribue à éroder la confiance citoyenne et à affaiblir les fondements mêmes de la démocratie.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui adhèrent à une formation politique non par conviction, mais par calcul. Ils s’y investissent jusqu’à l’atteinte d’un objectif personnel, puis changent aussitôt d’allégeance, à l’image du caméléon qui adapte sa couleur à son environnement.
Hier membres d’une formation politique, aujourd’hui défenseurs d’une autre, demain peut-être partisans d’une troisième, ces acteurs semblent oublier qu’un parti politique n’est pas une simple plateforme d’opportunités.
Chaque formation porte une vision, une idéologie, une doctrine et une ambition propres pour la nation.
Mais, pour certains, les convictions s’effacent devant les intérêts du moment. Le principe cède la place au profit, et l’engagement se transforme en instrument de promotion personnelle.
L’on observe ainsi des trajectoires politiques déconcertantes : avant-hier aux côtés du RPG, hier proches de l’UFDG, aujourd’hui avec d’autres, et demain, qui sait ? Cette mobilité permanente traduit moins une évolution idéologique qu’une quête incessante de positionnement avantageux.
Aucune constance. Aucune fidélité à des principes clairement assumés. Aucune cohérence entre les discours d’hier et les choix d’aujourd’hui.
Plus préoccupant encore, certains accèdent aux plus hautes fonctions grâce au soutien et aux sacrifices de leur formation politique.
Élus sous une bannière, portés par la confiance des militants et des électeurs, ils n’hésitent pourtant pas à changer de camp une fois installés dans les institutions. Ils incarnent la forme la plus achevée de l’opportunisme politique, celle qui confond mandat populaire et ascension personnelle.
L’UFR, le PEDN, le RPG ainsi que d’autres formations ont déjà fait les frais de cette réalité. Et, au regard des dynamiques actuelles, il n’est pas exclu que de nouveaux transferts politiques vers la GMD se produisent dans les mois à venir au sein de l’hémicycle.
Ces comportements traduisent parfois une méconnaissance, voire un mépris, de l’identité politique et des valeurs des partis qui ont pourtant servi de tremplin à leurs bénéficiaires.
Pourtant, la sagesse populaire nous enseigne que la loyauté demeure une valeur cardinale de toute œuvre durable. Celui qui fait de la trahison un instrument de progression finit souvent par en subir les conséquences. On ne renie pas impunément la cause qui nous a élevés pour satisfaire une ambition passagère ou un intérêt circonstanciel.
Si j’avais un message à adresser au Président de la République, Son Excellence le Général Mamadi Doumbouya, je lui dirais de faire de son magistère une école de l’éthique, de la compétence, de la responsabilité et de l’exemplarité.
Je l’inviterais à se méfier de ces oiseaux migrateurs de la politique qui gravitent autour du pouvoir non par adhésion à une vision nationale, mais dans l’unique perspective de tirer profit des opportunités qu’offre la proximité avec l’État, parfois au détriment des aspirations légitimes du peuple.
Tant que la morale, la loyauté, l’intégrité, la probité et le sens de l’État ne seront pas érigés en valeurs cardinales de l’engagement politique en Guinée, notre pays continuera d’avancer avec difficulté sur le chemin du progrès, sans parvenir pleinement à la destination à laquelle aspirent ses citoyens : un développement durable, inclusif, équitable et participatif.
Il nous appartient de bâtir une culture politique fondée sur les convictions plutôt que sur les intérêts, sur la fidélité aux principes plutôt que sur les calculs de circonstance, sur le service de la nation plutôt que sur la poursuite d’ambitions individuelles.
Car aucune démocratie ne peut durablement prospérer lorsque l’opportunisme supplante l’éthique, lorsque la loyauté devient une faiblesse et lorsque les intérêts particuliers prennent le pas sur l’intérêt général.
Dr Karamo Kaba
Écrivain – Auteur – Consultant







