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Pourquoi les pays à faible revenu sont-ils particulièrement vulnérables aux dérèglements climatiques ?

Les effets du changement climatique apparaissent de plus en plus avec des conséquences désastreuses pour les pays en voie de développement. Dépourvus de moyens financiers et dotés d’une politique sociale assez faible associée à une gouvernance souvent chaotique, ces États sont confrontés aux catastrophes naturelles, aux stress climatiques, à la sécheresse, à la perte de terres agricoles, à l’insécurité alimentaire, à la famine exacerbée ainsi qu’un manque criant d’eau potable, etc.

La hausse des températures affecte les perspectives de développement des Pays du Sud, qui sont pour la plupart sur la ligne de front du changement climatique. Les moyens d’adaptation aux changements climatiques étant très limités, de nombreux projets économiques sont voués à l’échec.

En plus de cette triste réalité, les pays à faible revenus stagnent dans leur élan de développement à cause d’un déficit électrique considérable. Les défis énergétiques à relever sont gigantesques pour ces pays sous-développés.

Les facteurs qui amplifient les conditions de vie de ces pays liés aux impacts du dérèglement climatique sont divers et variés. Selon Stéphane Hallegatte, économiste senior, il y a trois dimensions qui décrivent ce phénomène. D’abord les populations pauvres qui vivent dans des pays pauvres sont particulièrement exposées, par le fait que leur économie est basée sur l’agriculture dont les rendements décroissent fortement. La deuxième dimension qu’on peut donner à cette situation, c’est la vulnérabilité. Leur vulnérabilité s’explique par leur souffrance, liée au choc climatique. La troisième dimension, c’est la résilience. Quand les pauvres sont touchés par une crise climatique, il leur faut en général deux générations pour reconstruire leur vie. Leur capacité à faire face aux effets du changement climatique est assez marginale, alors qu’un riche qui subit les mêmes effets n’aura besoin que de quelques mois seulement pour retrouver une vie normale, précise Hallegatte.

Les pays à faible revenu avec une population pauvre sont aussi fragilisés par les changements climatiques par le manque de mesures d’accompagnement. La déliquescence de leurs institutions financières et politiques fait que la gestion des impacts climatiques est extrêmement problématique. Par exemple, quand un désastre climatique grave se produit dans les pays pauvres, les biens matériels ravagés ou endommagés ne sont presque jamais récupérés. C’est le cas des terres agricoles, des animaux de trait ou encore des maisons. Par conséquent, les habitants perdent une grande partie de leurs sources de revenu. N’ayant pas de valeurs mobilières, ni d’épargne ou encore d’assurance, ces citoyens dans les pays pauvres s’enfoncent davantage dans la précarité. En revanche, dans les pays riches les mécanismes de dédommagement sont plus adéquats et adaptés aux chocs environnementaux.

Des déplacés climatiques abandonnés à eux-mêmes

En Guinée par exemple, un des pays à faible revenu, plusieurs habitants dans la presqu’île de Kaback ont été contraints de quitter leurs habitations à cause des effets climatiques. Ces populations côtières ont perdu leurs terres agricoles, leur activité de pêche à cause de la montée du niveau de la mer. N’ayant pas d’autre solution, ils ont fui leur village pour aller s’installer chez leurs parents ou proches dans les différentes villes comme Forécariah, Maférenya ou encore dans le quartier Cobaya à Conakry, la capitale du pays. Selon Ibrahima Bangoura, une des victimes, que nous avons contacté « Nous n’avons reçu aucune assistance de la part de l’état, que ça soit logistique, matérielle et encore moins financière. »

Le parcours des déplacés climatiques est décrit par les deux flèches sur la carte de la Guinée
Les terres cultivables dévastées dans l’Île de Kaback

Les autorités ne connaissent même pas le nombre de ces déplacés climatiques. Seule quelques ONG tentent de les recenser et de voir comment les aider à reconstruire leur vie.

Les jeunes entrepreneurs agricoles sont aussi victimes du fléau climatique : Mariam et Aliou, deux jeunes âgés d’une trentaine d’années ont vu leur investissement partir en fumée. Les aléas climatiques bouleversent l’espoir d’une nouvelle génération aspirant à pratiquer une agriculture écologique. Ils avaient déboursés une bagatelle de 45 millions de franc guinéens soit 4500 euros pour planter un champ de bananes afin de sortir de l’ornière. Aujourd’hui, sans assurance, ni appui étatique, encore moins d’enquête, nombreux sont des jeunes guinéens ou africains qui se retrouvent dans cette situation de pauvreté.

Un champ de bananes détruit par les feux de brousse à Kindia, une ville située à 150 kilomètres de la capitale Conakry

Dans un document de 68 pages que nous avons consulté, intitulé Pauvreté et changements climatiques, produit par plusieurs organismes comme la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement, les auteurs tirent la sonnette d’alarme.

Selon les rédacteurs de ce document, les effets de l’évolution du climat et la vulnérabilité des populations pauvres aux risques climatiques sont très variables, mais, en règle générale, les changements climatiques se surajoutent aux vulnérabilités existantes. Ils dépeignent une situation dans laquelle « l’accès à l’eau potable sera rendu encore plus difficile, la santé des personnes pauvres se dégradera et la sécurité alimentaire de nombreux pays en Afrique, en Asie et en Amérique Latine sera réellement menacée. »

Dans la plupart des régions des pays pauvres, la possibilité de diversification pour les activités de survie est presque inexistante. Les changements climatiques conduisent à une baisse de rendement des cultures ce qui risque de provoquer des famines chroniques ; ils provoquent en outre une perte des terres cultivables sur les zones côtières. De plus en plus, cette situation pousse ces populations à l’émigration, qui se présente comme la seule solution pour elles.

Les auteurs rapportent que « Les coûts macroéconomiques des effets des changements climatiques sont très difficiles à évaluer, mais il y a de grands risques qu’ils remettent en cause le développement dans de nombreux pays déjà fragiles. »

D’après le troisième rapport d’évaluation du GIEC, « ce sont les pays en développement qui devraient souffrir le plus des conséquences des changements climatiques. Cela s’explique par l’importance économique que revêtent pour ces pays des secteurs aussi sensibles au climat que l’agriculture ou la pêche, ainsi que par l’insuffisance des capacités humaines, institutionnelles et financières qu’ils sont susceptibles de mobiliser pour anticiper et répondre aux effets directs et indirects des changements climatiques. Ce sont les pays les moins avancés des régions tropicales et subtropicales qui présentent généralement une vulnérabilité maximale aux changements climatiques. Autrement dit, les pays les plus démunis sont voués à supporter la charge la plus lourde en termes de pertes en vies humaines et d’effets négatifs sur les investissements et l’économie, précisent le rapport. »

Les spécialistes indiquent que « Nombre de secteurs assurant aux pauvres des moyens d’existence de base dans les pays en développement ne peuvent même plus faire face à la variabilité et aux stress climatiques actuels. Au cours des dernières années, plus de 96 % des décès dus à des catastrophes naturelles ont eu lieu dans des pays en développement. Il n’est pas rare qu’un événement climatique extrême fasse reculer le processus de développement de plusieurs décennies. Avec son cortège de calamités (raréfaction des zones de pêche, sécheresses, inondations, tempêtes détruisant des récoltes entières…), le phénomène El Niño montre à quel point la variabilité climatique actuelle a déjà des effets dévastateurs sur les pays et les populations vulnérables. Dans beaucoup de pays en développement, l’évolution du climat accentue déjà les conséquences climatiques, et il le fera de plus en plus à l’avenir. »

Les enjeux énergétiques pour les pays à faible revenu, comme les pays africains

Le continent africain, avec plus de 30 millions de superficie et une population de plus d’un milliard d’habitants, se trouve depuis plusieurs décennies parmi les régions fortement vulnérables aux changements climatiques. Selon Moustapha Faki Mahmat, Président de la Commission de l’Union Africaine, les défis énergétiques sont nombreux. « Environ 600 millions d’africains […] ne connaissent pas l’électricité. », révèle ce responsable de la plus grande institution d’Afrique.

Le développement du continent doit forcément passer par la fourniture effective d’énergie pour tous ses citoyens. Pour celui qui fut ministre des affaires étrangères du Tchad, l’Afrique dans son élan d’électrification va se conformer aux normes écologiques. Ce qui sous-entend que l’énergie renouvelable avec une neutralité carbone sera son cheval de bataille.

Nombreux sont les projets d’extraction des ressources naturelles sur le continent noir, comme le pétrole, la bauxite, le gaz, l’or, le diamant, dont la transformation sur place avec des industries de raffineries est en perspective exige un réseau d’énergie de haute densité.

On estime que, alors que les habitants des pays « riches » comme ceux de l’Union Européenne, des États-Unis ou du Japon devront réduire de plus de 30% leur consommation d’énergie finale « hors électricité », au même moment un Indien ou un Africain moyen devrait avoir le droit de l’augmenter de l’ordre de 40%. Cela sous-entend que pendant que les « Nordistes » réduisent de manière drastique leur consommation, les Pays du Sud vont accroître leurs productions et consommation d’électricité. Comme on l’entend souvent dire en Afrique, « Laissez-nous faire les dégâts comme vous et après, on va réparer ensemble. »

Les principaux enjeux énergétiques des pays à faible revenu sont d’abord liés à l’accès aux énergies pour sa population. C’est d’ailleurs incontournable pour leur développement. Pour terminer, il est important de préciser que la résilience, l’atténuation ou encore l’adaptation aux changements climatiques des pays à faible revenu nécessite un accompagnement des pays développés à la fois structurel, financier, humain et technique.

Mamadou DIALLO

Journaliste spécialisé sur le climat

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