La transition politique en guinée enclenchée le 21 septembre 2021 s’annonçait sous de bons auspices. Deux ans après la prise du pouvoir par l’armée, la désillusion s’installe, le retour à l’ordre constitutionnel n’est plus à l’ordre du jour. La junte poursuit lentement ce qu’elle appelle la refondation dans un pays qu’elle paraît dominer sans partage. Lundi, 04 mars 2024 notre rédaction, va recueillir les analyses de Monsieur Mamadou Barry, journaliste, défenseur des droits humains connu sous le pseudonyme de BARRY III, pour avoir sa lecture de la situation.
Afriquevision : Monsieur Mamadou Barry III bonjour, pourriez-vous rappeler à nos lecteurs qui vous êtes ?
Mamadou Barry III : Permettez-moi de remercier votre rédaction pour l’opportunité que vous m’offrez de m’adresser aux Guinéens, et plus particulièrement à vos fidèles lecteurs. Je suis BARRY Mamadou, journaliste et militant des droits de l’homme depuis 2014. Je milite dans les structures de défense des droits humains depuis quasiment la fin de ma licence.
Je suis également journaliste : j’ai été chroniqueur de l’émission “Société Débat” sur Familia FM ; journaliste web pour le site kenenyi.com ; et Co-animateur de l’émission “Question d’actualité”, qui passait, vous vous en rappelez bien, tous les samedis sur les ondes de Nostalgie FM. J’ai repris mes études depuis quelque temps, et l’aventure studieuse se poursuit sereinement.
Afriquevision : Nous vous remercions pour la présentation. Dites, de quel œil percevez-vous la transition ?
Physiquement, je suis hors du pays ; mentalement et psychologiquement, je suis en Guinée. Je partage le quotidien du peuple résilient : ces braves femmes qui se réveillent à 05 h du matin pour braver l’insécurité et vaquer à leurs occupations ; ces personnes handicapées abandonnées à elles-mêmes, qui dorment à la belle étoile à la devanture de la mosquée Fayçal.
Bref, je ne suis pas déconnecté du quotidien des Guinéens. À travers Internet et l’effort que les journalistes fournissent, je ne rate pas l’actualité.
Pour revenir à la gestion de la transition, je ne vous cache pas ma déception : je m’attendais à quelque chose de mieux. Les militaires n’ont pas respecté leurs engagements. Le protocole d’accord qui avait été signé avec tous les acteurs politiques, sous l’égide de la CEDEAO, est jeté aux oubliettes.
La junte fonctionne comme bon lui semble. Elle n’est soumise à aucune réglementation et impose son diktat aux Guinéens, qui semblent résignés et se laissent faire.
Afriquevision : Vous pensez vraiment que c’est une résignation ou un manque de leadership ?
Je pense qu’il y a une part de résignation. Les leaders sont arrêtés ; ni moi, ni vous ne pouvez dire avec exactitude où va la Guinée.
Mais vous savez mieux que moi, vous qui êtes déjà sur le terrain. Avec ce déploiement d’un arsenal répressif, il n’est pas évident de protester et de mettre sa vie en danger.
C’est pourquoi je dis que le peuple a apparemment opté pour la résignation. Ça bouillonne à l’intérieur, mais ce n’est jamais exprimé au grand jour. Voilà ce que j’ai voulu dire.
Afriquevision : Quel avenir prévoyez-vous pour la liberté de la presse ?
La liberté de la presse, ça n’existe plus. Vous savez, on prévoit l’avenir de quelque chose qui existe. Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est comment faire renaître le journalisme. C’est de réfléchir à comment allons-nous ressusciter le journalisme ; sinon, il n’existe pas sous le régime de la junte.
Vous n’avez pas besoin de consulter les rapports de Reporters sans frontières : la réalité crève les yeux. Quand on vient, en pleine journée, démanteler les installations d’un média privé, c’est toucher le fond. Et je vois même dans les prochains jours le fond se creuser pour enfoncer davantage la presse en Guinée et toutes les voix contestataires.
Regardez juste, nul journaliste, n’ose critiquer. Critiquer est devenu un crime. Le débat est verrouillé, pas de contradiction. Alors que la démocratie se nourrit de la contradiction. Et l’idée de museler la presse s’inscrit dans une logique connue quasiment de tous : la finalité, c’est la mise en place d’une dictature. Je l’ai dit : la dictature qui est sur le point de se mettre en place sera pire et plus féroce que les précédentes.
Afriquevision : Puisque vous parlez de démocratie, croyez-vous à l’inclusivité ou à la transparence des prochaines élections ?
Absolument pas. Je vous invite à revoir le discours du putschiste Mamadi Doumbouya, tenu à la tribune des Nations unies le 21 septembre 2023. Il y pourfend la démocratie et défend la thèse qu’elle serait un concept imposé par les Occidentaux. Depuis le retour du pouvoir kaki, cette thèse est portée et amplifiée à travers l’Afrique francophone par des activistes comme Kémi Séba et Nathalie Yamb. C’est un discours de légitimation de coup d’État. Je refuse de croire que la démocratie est source d’instabilité.
Ce qui est juste un prétexte, la démocratie fonctionne au Ghana, et, à un moment donné, elle a fonctionné au Mali, même si la situation est devenue autre chose aujourd’hui. Au Botswana et au Cap-Vert des élections y sont organisées sans violence aucune goutte de sang. Je m’intéresse à la vie politique des États africains pour établir des comparaisons lucides. Est-ce que vous savez qu’en 2001, au Cap-Vert, un président a été élu avec seulement 12 voix d’avance sur son adversaire, sans troubles post-électoraux ? Cette argumentation est très faible. La démocratie est tout à fait possible chez nous avec la volonté politique. Donc, moi, depuis ce discours, j’ai arrêté de rêver d’un processus démocratique inclusif en Guinée.
Pour finir avec votre question, les élections à venir ne seront ni transparentes, ni inclusives.
Afriquevision : la charte de la transition exclue expressément toute possibilité de candidature aux acteurs de la transition aux prochaines élections. Vous pensez-vous que cela sera respecté ?
La même charte stipule que la liberté d’expression est garantie. Vous pensez que les gens sont libres aujourd’hui de s’exprimer.
Afriquevision : donc, vous pensez que Mamadi Doumbouya sera candidat ?
Je le crois avec conviction, il sera candidat, et en face de lui, des concurrents fabriqués (rire…) pour se faire élire et parachever le démantèlement de la démocratie. Selon des confidences sûres, il sera candidat.
Afriquevision : Justement, vous contestez l’effectivité de la liberté d’expression, vous qui aimez critiquer. Est-ce que vous avez des craintes de revenir en Guinée ?
C’est sûr que le climat n’inspire aucune confiance, aucune sûreté. Critiquer une dictature c’est souvent s’exposer à des risques. Il faut s’attendre à toute forme de représailles. Vous savez, la dictature n’aime pas être dénoncée, c’est la raison qui explique le musellement des médias et l’arrestation des activistes. Oui, y a matière à craindre parce que le régime n’est pas ouvert aux critiques c’est la logique de la pensée unique, critiquer c’est un prendre un ticket pour la prison ou signer son arrêt de mort. Peur de retourner en Guinée, je ne sais pas trop. Jusqu’à preuve du contraire, je ne suis pas en porte-à-faux avec la loi.
Afriquevision : Vous remercie pour votre disponibilité
Je vous renvoie l’ascenseur. Je vous remercie d’avoir pensé à moi, et mes contacts sont disponibles. Je vous souhaite bon courage, vous exercez dans un environnement hostile.
Entretien réalisé par la rédaction







