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Guinée/Révélation : 250 milliards de FG pour rénover 21 écoles sans appels d’offres et sans contrat

C’est une histoire rocambolesque, incroyable et insolite. Du jamais vue dans l’administration guinéenne. C’est l’histoire de la rénovation des établissements scolaires dit Africof, du nom de la société qui les a bâtis, sous l’ère Lansana Conté dans les années 90.  

A l’ouverture des classes récente, ces établissements étaient complètement délabrés. Leur rénovation était au centre des préoccupations du ministère de l’Éducation nationale en dépit de la grève enclenchée par le SLECG. Rien d’anormal qu’un gouvernement se préoccupe des conditions d’étude des écoliers. Le problème? Dès que la vétusté de ces « AFRICOF » a été dénoncée par les médias guinéens et avancée dans les discours officiels, un clan de prédateurs des deniers publics ont jeté leur dévolu sur cette « affaire ».

En faisant quoi? En positionnant des entrepreneurs qui sont allés directement sur les sites pour procéder à la rénovation de 10 écoles AFRICOF sur les 21 concernés. Ce, pour parer au plus pressé. Ils n’ont pas attendu que le ministère lance un appel d’offre pour leur permettre de suivre la procédure traditionnelle. Ils se sont précipités sur les sites pour procéder à la rénovation sans l’avis d’autrui, mettant ainsi la charrue devant les bœufs. Pour eux, l’occasion est en or. Il faut la saisir. Dans leur entendement, la seule possibilité d’arracher ce marché juteux sans concurrence est de faire le travail avant même qu’on leur demande. Appel d’offre, soumission et attribution de marché vont attendre.

Quel monde à l’envers! Dans quelle gouvernance économique

vivons-nous? Savez-vous que cette rénovation est déjà terminée pour une dizaine d’établissements, tant alors que l’appel d’offre n’est même pas officiellement lancé? Eh beh pas étonnant puisqu’on est en Guinée! Après avoir fait le boulot, ces entrepreneurs s’activent actuellement à récupérer le fric investi, les dividendes du «travail » bâclé nonobstant leur démarche cavalière.

Pour ces entrepreneurs loufoques et leurs répondants au sein de l’administration, la surfacturation est un sport favori. La surfacturation est effectivement au centre de la rénovation des AFRICOF puisqu’ils ont décidé de facturer la rénovation des 21 écoles à 250 milliards de FG. Soit 11 milliards 900 millions de FG par école. Ce qui est absolument scandaleux, vu que ces centaines de milliards suffisent pour financer la construction d’au moins 50 écoles. Mais au SNIES, la rénovation coûte toujours plus chère que la construction. Au niveau du Service national des infrastructures et équipements scolaires -SNIES- le directeur national Ibrahim Cissé est un pivot tout indiqué puisque tout cela passe par lui. Ses complices sont tapis à l’Administration générale et contrôle des grands projets, à la direction nationale des marchés publics (pilotée par une dame peu recommandable) et au ministère des Finances.

Il s’agit selon diverses sources d’un groupe de fonctionnaires véreux hyper protégés qui ne s’inquiètent de rien, étant à l’abri de poursuites judiciaires.

D’où l’hésitation du Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, à lancer un audit au SNIES, service d’où est partie le récent scandale financier portant sur la construction d’une école de 12 classes à 12 milliards de FG. Le ministère du Plan, pour sa part, vient de dépêcher une mission d’inspection pour s’enquérir des scandales à répétition qui éclaboussent le SNIES et son patron. Le ministère du Plan et de la coopération internationale a décidé d’auditer le volet Fonds koweïtien du SNIES. Aux dires de certains cadres des Finances, c’est au SNIES qu’on voit un même projet financé trois ou quatre fois. Donc chaque année, le même projet est reconduit aux bailleurs de fonds qui mettent la main à la poche sans contrôler.

Difficultés

Aujourd’hui, après avoir préfinancé la rénovation de ces écoles AFRICOF, les entrepreneurs cooptés dans cette magouille ont des difficultés à recouvrer leur pognon. Vu que le ministre de l’Éducation, Mory Sangaré, n’est pas disposé à cautionner la surfacturation envisagée et cette démarche cavalière. Ils se sont réunis, au début de ce mois, pour aller prier le ministre de l’éducation.

Niet! Aurait-il rétorqué, au grand dam de ses vis-à-vis. «Comment voulez-vous que l’État vous paie pour un travail sans contrat?», aurait lancé Mory Sangaré.

En d’autres termes, peut-on cautionner une telle démarche? Ayant plus d’un tour dans son sac à merde, le SNIES a trouvé une parade: un prétendu cabinet d’étude pour couvrir cette démarche tordue, lequel cabinet accepté de faire le jeu. Comme si un cabinet privé peut combler le vide laissé par l’absence d’appels d’offre et de passation de marché.

Délégation de crédits

Le SNIES et son directeur général Ibrahim Cissé font la pluie et le beau temps, n’étant inquiets de rien. Alors que le faux projet d’école de 12 classes à Yattaya a lamentablement échoué, au grand dam de ses promoteurs indélicats, voici un autre projet en cours.

Un projet surfacturé aussi, comme d’habitude: une école de 24 classes en cours de construction à Kobaya. La facture de cette école, griffonnée par l’entreprise GET, est de 12 milliards de FG alors qu’il s’agisse d’un établissement sans direction, sans équipement, sans lattrines. Une salle de classe vide à 500 millions de FG, soit le prix d’une maison modeste.

L’on se rappelle que l’école primaire Frédérick Mayor de Kaloum a été rénovée par le SNIES avec un coût de 12 milliards de FG dont 70% ont été décaissés. La machine de la surfacturation tourne à plein régime au niveau de la nébuleuse SNIES. Une pagaille qui ne dit pas son nom s’y est installée. Ibrahim Cissé et son clan  s’évertuent à faire leur beurre sur l’avenir des enfants guinéens car celui qui détourne le financement d’une école ouvre une prison.

Aujourd’hui, le phénomène Cissé a gagné l’ensemble du pays. A l’intérieur de la Guinée, beaucoup de chantiers entamés par le SNIES sont à l’arrêt parce que leur financement a pris une autre destination.

Parce que les antennes régionales du SNIES, comptant des architectes et ingénieurs qualifiés, sont écartées  des projets de construction d’écoles. Parce que les entrepreneurs sont choisis sur la base du clientélisme et de l’affairisme.

Pis encore, dans les régions, il n’y a aucun contrôle : pour tout marché en deçà de 400 millions de FG, il suffit d’une simple signature du gouverneur pour valider.  Plus besoin de l’Administration générale et contrôle des grands projets ni de la direction des marchés publics. Après la signature du gouverneur, ils introduisent les docs aux Finances pour paiement. La procédure est abrégée. Ce qui est une aubaine pour les fervents adeptes de l’enrichissement en 24 heures sans effort.

Actuellement, le SNIES a envoyé une pile de dossiers auprès des gouvernorats pour signature. Le montant global vacille autour de 20 milliards de FG. Ils vont se les partager sûrement puisque personne ne voit jamais de tractre sur le terrain. L’année dernière, par cette méthode de «contrat par délégation de crédit», le SNIES avait engagé à peu près le même montant pour la rénovation d’écoles à l’intérieur du pays.

Où est le résultat ? En tous les cas, de nombreux chantiers démarrés depuis des années sont à l’arrêt.

Par Sambegou Diallo

(Avec Conakrychallenge.com et Le Populaire)

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