À 38 ans, Aissata Camara a réussi à se faire un nom dans l’une des plus influentes villes de la planète. Née à Conakry, elle est devenue en quelques années une actrice centrale dans la vie de New York, grâce à son travail et son approche collective du développement local. Première femme née sur le continent africain à devenir commissaire en chef des affaires internationales de la ville, elle voit encore plus loin, et veut continuer d’améliorer la vie des New-Yorkais.
Au milieu des costumes-cravate et des robes de ses collègues, la tenue traditionnelle d’Aissata Camara fait la différence. Cela peut paraître un détail, mais pour Aissata, c’est un exemple, un de plus, de son travail et de l’affirmation de son identité. « J’ai choisi il y a quelques années de ne plus suivre un certain « dress code », mais de porter des vêtements traditionnels, proches de mes origines. Je suis fière de mes racines, et je veux aussi que la communauté africaine et les minorités soient fières de leurs cultures, dont la vestimentaire », sourit-elle.
Née à Conakry, Aissata grandit dans une famille très active et engagée : sa mère est une entrepreneuse locale très respectée, et son père, un politicien et activiste animé par l’entraide et le bien-être collectif. La première graine de l’engagement germe dans l’esprit de la jeune fille. Alors qu’elle s’installe aux États-Unis au début du mois de septembre 2001, le pays tombe dans l’effroi quelques jours plus tard : les tours jumelles sont attaquées. Aissata a 13 ans, elle vient juste d’arriver, et les images de l’attentat la marquent à jamais. « C’était un drame complet. Il y a eu un avant et un après 11-Septembre, et la ville a été meurtrie à jamais. Mais j’ai aussi rapidement réalisé le pouvoir de résilience de cette ville, de ses habitants », se souvient-elle.
Elle ne parle pas un mot d’anglais mais se plonge à fond dans ses études, et veut s’impliquer dans la vie locale, associative, pour mieux connaître son nouveau lieu de vie. « J’ai grandi dans le Queens, l’un des lieux où la diversité est la plus présente mais aussi où la pauvreté est la plus forte, donc je voulais juste aider mon prochain, précise-t-elle. J’ai donc participé à plusieurs opérations locales, de dons d’aliments, d’aide à l’enfance, mais aussi d’aide aux sans-abris. Cette fibre altruiste, c’est le moteur de mon travail depuis mon adolescence. La conscience sociale est primordiale dans ma vie. »
Tentée par la sphère politique régionale et nationale durant ses études universitaires à Baruch (New York), elle préfère se concentrer sur le local, « mon terrain d’action préféré, au plus proche des gens et de leurs réalités quotidiennes », explique-t-elle. Aissata est une activiste qui entame sa vie d’adulte aux quatre coins de la ville, et son nom devient de plus en plus cité dans les sphères municipales de la ville aux 10 millions d’habitants.
Promouvoir la diversité new-yorkaise et aider les plus vulnérables
À la fin de ses études, elle est demandée de toutes parts, dans le secteur public et le privé, mais Aissata veut aider par le premier. Elle collabore avec le service des affaires internationales de la mairie de New York sur des projets, puis dès 2014, elle intègre le cabinet du maire Bill De Blasio.
Elle propose des initiatives qui touchent la communauté et la jeunesse, comme le projet « Ambassadeur Junior » qui permet à des jeunes de milieux défavorisés de rencontrer et de travailler sur des projets locaux avec le soutien de personnels des Nations unies et d’ambassadeurs internationaux. « Nous sommes une ville internationale, mais les diverses communautés voient le monde de la diplomatie et du développement comme quelque chose d’impossible à atteindre, soutient-elle. Je voulais donc créer des passerelles entre ces deux mondes. »
En 2018, elle est nommée adjointe aux affaires internationales de la mairie, l’un des postes les plus prisés de l’administration new-yorkaise, en contact constant avec le maire et ses plus proches collaborateurs. Elle marque l’histoire en devenant la première femme noire, africaine et musulmane à obtenir cette fonction. « C’était une immense fierté, mais aussi le résultat de mon dur labeur et de mes projets fructueux, car ceux-ci impactaient la communauté », sourit-elle. Elle devient LA personne incontournable des relations entre la mairie et les corps diplomatiques des Nations unies, mais aussi l’ensemble des communautés ethniques de la ville.
En 2021, Éric Adams, fraîchement élu maire, décide de débarquer l’immense majorité des collaborateurs du précédent pensionnaire de l’hôtel de ville, mais Aissata reste aux commandes et se voit même promue au poste de commissaire en chef des affaires internationales courant 2024. Le sommet, mais la jeune Africaine n’aime pas se reposer sur ses lauriers.
L’élection de Zohran Mamdani en 2025 est une grande fierté pour elle, et l’arrivée du natif de Kampala surgit comme une énorme ouverture pour la diversité, et pour poursuivre sa mission. « Mon travail désormais est consacré à créer des liens entre le secteur public et le secteur privé, et à mettre la mairie, mais également les organismes américains et internationaux, en collaboration pour travailler sur des sujets de fond liés à l’aide alimentaire, au développement local, mais aussi aux violences de genre, au climat et à l’accès aux soins, explique-t-elle. Dans le contexte actuel, où les minorités et les plus vulnérables sont encore plus fragilisés, il ne faut pas baisser les bras. L’intérêt collectif prime sur tout, toujours ».
Par RFI







