Vingt ans après cette initiative de la lutte contre la famine sur le continent africain, l’AFSA annonce l’échec de deux décennies d’une politique désolante.
L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) et un chercheur de l’université Tufts dénoncent les résultats de vingt ans de politiques agricoles inspirées de la « révolution verte », estimant que la faim et la dépendance des agriculteurs aux intrants ont progressé dans les pays ciblés par l’AGRA.
Alors que l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) célèbre son 20e anniversaire, deux nouveaux rapports remettent en cause les résultats de son modèle agricole, soutenu notamment par des financements philanthropiques et promu depuis 2006 dans plusieurs pays africains.
Selon ces études, le nombre de personnes sous-alimentées dans les pays ciblés par l’AGRA aurait augmenté de 58 % depuis 2006, alors que l’organisation s’était fixé pour objectif de réduire de moitié la faim.
Les rapports indiquent également que la progression des rendements des principales cultures vivrières a ralenti depuis le lancement de l’AGRA, malgré une utilisation des engrais qui aurait plus que doublé dans la région.
La hausse de la production agricole serait par ailleurs davantage liée à l’extension des superficies cultivées qu’à une amélioration des rendements. Les surfaces agricoles auraient ainsi progressé de 46 % depuis 2006, une évolution jugée contraire à la promesse d’une « intensification durable » de l’agriculture.
Les auteurs citent notamment le Sénégal, qui ne figurait pas parmi les pays ciblés par l’AGRA, comme exemple d’une trajectoire différente. Le pays aurait atteint, sur la même période, l’objectif de réduction de moitié de la faim que l’AGRA s’était fixé pour ses pays d’intervention.
« Après que des milliards ont été investis dans des politiques alignées sur l’AGRA, les agriculteurs n’ont fait que devenir plus affamés et plus endettés », a déclaré Mutinta Nketani, coordinatrice nationale de l’Alliance zambienne pour l’agroécologie et la biodiversité (ZAAB).
Pour les organisations à l’origine des rapports, l’alternative se trouve davantage dans l’agroécologie et la souveraineté alimentaire. Elles mettent en avant des pratiques telles que la régénération des sols, la protection des semences locales, la diversification des cultures et la réduction de la dépendance aux intrants agricoles coûteux.
« L’alternative agroécologique n’est pas théorique. Les agriculteurs sont déjà en train de la mettre en œuvre », a affirmé Million Belay, coordinateur général de l’AFSA, appelant à financer davantage les solutions développées par les communautés agricoles.
Le premier rapport, intitulé « Requiem pour la Révolution verte en Afrique », a été publié le 17 août par Timothy A. Wise, chercheur senior à l’Institut pour le développement mondial et l’environnement de l’université Tufts.
Le second, consacré aux vingt années de données sur la révolution verte et aux alternatives agricoles, doit être rendu public le 24 août, à l’occasion d’une conférence de presse réunissant chercheurs, agriculteurs et responsables communautaires.
Parmi les intervenants annoncés figurent notamment l’agricultrice sénégalaise Mariama Sonko, présidente du mouvement panafricain « Nous Sommes la Solution », actif dans sept pays d’Afrique de l’Ouest, ainsi que Timothy A. Wise et Million Belay.
La conférence, modérée par l’universitaire et auteur Raj Patel, doit également permettre de présenter les expériences d’agriculteurs engagés dans des systèmes de production reposant sur l’agroécologie et une plus grande autonomie vis-à-vis des intrants industriels.
Afriquevision avec TE/Sf/APA







