La venue du CNRD avait immensément ravivé l’espoir éteint sous Alpha condé. Malheureusement l’espoir s’est volatilisé en une fraction de seconde, en quatre ans de gestion, les problèmes ont pris une ampleur catastrophique. Dans tous les secteurs le pays s’est effondré, l’angoisse et le désespoir se sont installés. Quelle désillusion !
Le coup d’Etat de Doumbouya accueilli comme une action réparatrice est devenu accélérateur des problèmes, un catalyseur de difficultés, un motif de stress incessant, une préoccupation de tous les instants. La Guinée, en un éclair, a basculé dans la psychose collective. Sous Alpha Condé, la menace pour les opposants était l’emprisonnement ; sous Doumbouya, elle a pris la forme de disparitions forcées. Contredire le prince, c’est signer sa disparition, être englouti sans bruit, sans témoin, sans un seul objet pour prouver que vous avez existé. Des militaires à la solde de Doumbouya habitués à faire taire sans laisser de traces, se pavanent et flairent la présence des voix critiques comme des prédateurs en chasse. La justice, jadis décriée, s’est gangrenée jusqu’à l’os. Mamadi Doumbouya et son cercle font disparaître des individus, puis le parquet s’empresse de les disculper en simulant des investigations. Dans l’imaginaire collectif, les forces spéciales, l’unité la plus redoutée du régime, incarnent la main qui fait taire journalistes, activistes et opposants. Foniké et Billo n’ont fait qu’allumer la flamme du débat ; Marouane n’a fait qu’assembler des mots pour révéler nos blessures. Et pourtant, ils en paient le prix. Quelle injustice ! Quelle horreur !
Les enfants de Bambeto n’avaient qu’un tort : sortir demander à l’État le droit de vivre mieux. Ils l’ont payé de leur vie. Colonel, vous souvenez‑vous de cette promesse faite à la RTG « Personne ne mourra pour la politique, la politique reviendra au peuple » ? Une phrase qui avait soulevé la foule, qui vous avait porté en apothéose jusque dans les rues de Bambeto. Vous ne l’avez pas oublié, j’en suis certain. Comme vos prédécesseurs, vous avez été happé par la tragédie du pouvoir, au point de considérer comme ennemis tous ceux qui osent pointer les dérives de votre gouvernance. Aujourd’hui, vos armes sont braquées contre ces mêmes jeunes qui, hier encore, se massaient autour de votre blindé pour chanter et scander votre nom. Vous avez suspendu la loi dans la commune de Ratoma. Vos hommes, enhardis par l’impunité, s’y comportent comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. Vous aviez promis de rendre la politique au peuple, en tant que force souveraine et agissante. Si cette promesse vous habite encore, ce dont beaucoup doutent, alors entendez ceci : le peuple ne consent pas à votre candidature. Prenez acte et retirez‑vous.
Mamadou BARRY III







