Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le 31 août raconte le Niger depuis près de 40 ans, notamment au sein de la radio qu’il a lancée, Radio Saraounia. C’est un témoin privilégié de la vie de son pays et du Sahel. Reporters sans frontières (RSF) retrace le parcours de ce journaliste chevronné et réaffirme son appel aux autorités du Niger à ouvrir une enquête.
Quand on le retrouve sur le terrain, à Niamey, la capitale du Niger, ou dans les autres localités du pays, Moussa Kaka échange volontiers, donne des conseils et encourage les plus jeunes qui ont choisi le métier qu’ils aiment : le journalisme. Ainsi va la vie de ce journaliste de renom, disparu depuis le 31 août dernier après avoir quitté son bureau en fin de journée pour regagner son domicile, mais n’y est jamais arrivé.
Raconter en profondeur le Niger, vaste pays de près de 1,27 million de kilomètres carrés, frontalier de sept autres pays dont le Mali et le Burkina Faso, a toujours été le sacerdoce de ce “baroudeur de l’information”, sillonnant souvent les vastes étendues désertiques du Sahara, traversant les hameaux les plus reculés, ou même fréquentant les salles de réunion des hôtels de la capitale, pour collecter des informations. “Là où beaucoup de journalistes hésitaient souvent pour leur sécurité, Moussa a toujours été sur le terrain dans les centres urbains comme dans le désert au moment des conflits armés,” témoigne un doyen de la presse nigérienne.
À plus de 66 ans, fort de 40 années de pratique journalistique, Moussa Kaka est celui qui était toujours sur “l’actualité chaude”, raconte un journaliste de sa génération. Il a couvert évènements, conflits, dialogue et plusieurs aspects de ce territoire au nom du droit des populations sahéliennes à l’information. “Par son métier, Moussa Kaka a toujours eu des contacts avec toutes les couches de la société ; avec les différents hommes politiques, la société civile, et les mouvements armés et l’armée, au point que beaucoup s’interrogent sur pourquoi lui et pas les autres”, explique un journaliste.
Il a commencé sa carrière à la radio nationale du Niger, puis a créé en 1999 Radio Saraounia, qui sera suivie en 2011 de la chaîne de télévision du même nom. Moussa Kaka se retrouve à la tête d’un groupe de presse de 70 personnes dont 35 à Niamey. Le groupe a des antennes entre autres, dans les régions de Tahoua, Maradi et Madaoua. Moussa Kaka a aussi raconté le Niger à l’international. Il a été correspondant pour Radio France Internationale (RFI) jusqu’en 2023 – année à laquelle ce média a été suspendu par les autorités militaires. Il a également fait partie des correspondants de RSF, documentant les violations de la liberté de la presse et se mobilisant pour la protection de ses confrères.
Porté disparu après un putsch avorté…
Depuis le 31 août 2026, après qu’il s’est mis en route, vers 19 heures, pour rentrer chez lui, Moussa Kaka n’a plus donné signe de vie. Les autorités du Niger n’ont, à ce jour, ni déclaré publiquement avoir ouvert une enquête ni communiqué sur sa disparition, intervenue dans un contexte particulièrement tendu, quelques jours après la tentative avortée de coup d’État du 29 août à Niamey.
“Cette disparition, depuis près d’un mois, envoie des signaux inquiétants aux acteurs de la presse du pays qui s’efforcent d’exercer un journalisme indépendant, loin de la propagande, avec courage et résilience. La mobilisation de tous, en premier lieu des autorités, est nécessaire pour retrouver Moussa Kaka et lui permettre de retrouver sa famille, ses collègues et reprendre son travail.”
Détentions et pressions depuis 2007
Certains de ses confrères décrivent Moussa Kaka comme faisant partie d’un groupe de journalistes parmi les plus persécutés ces dernières années. Entre septembre 2007 et octobre 2008, il a d’ailleurs passé 384 jours derrière les barreaux, pour une accusation contestée d’“acte de nature à nuire à la défense nationale”. Les pressions n’avaient jamais cessé pour celui qui est décrit par Harouna Ibrahim, ancien président de la Maison de la presse de Niamey, comme “un journaliste ayant connu beaucoup de difficultés dans [leur] pays”.
En octobre 2025, Moussa Kaka avait été interpellé, ainsi que cinq autres journalistes, après avoir annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse au sujet d’un fonds de solidarité créé par le gouvernement pour lever des fonds pour soutenir les opérations des forces de sécurité de l’État. Les autorités les avaient inculpés de “complicité de diffusion de document de nature à troubler l’ordre public” en vertu de la loi sur la cybercriminalité.
La constance professionnelle de Moussa Kaka, malgré les persécutions, fait consensus. “C’est un professionnel rigoureux qui travaille dans le respect de l’éthique et la déontologie du métier », conclut Harouna Ibrahim.
Le Niger occupe la 120e place sur 180 pays et territoires au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2026.
Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF
Dakar, Sénégal







