Depuis quelque temps, certains acteurs de circonstance tentent d’opposer “l’expérience” au renouvellement de l’élite politique, comme si eux-mêmes sont nés expérimentés, comme si la longévité des mêmes acteurs au sommet de l’État constituait, en elle-même, une garantie de stabilité. Cet argument mérite d’être sérieusement interrogé.
Car l’histoire politique de la Guinée démontre exactement le contraire.
Le premier régime guinéen, dirigé par Ahmed Sékou Touré, a duré vingt-six ans. Vingt-six années de pouvoir hypercentralisé, de concentration de l’autorité autour d’un homme et d’un système présenté comme indestructible. Pourtant, après la disparition de Sékou Touré, ce régime s’est effondré en moins de deux semaines.
Pourquoi ? Parce qu’il avait construit la peur, mais pas la confiance. Parce qu’il avait construit un pouvoir personnel, mais pas des institutions solides. Parce qu’il avait imposé la loyauté au chef, mais pas l’adhésion durable à des règles communes.
Le même phénomène s’est reproduit sous Lansana Conté. Après vingt-quatre ans de pouvoir, le système s’est désintégré presque instantanément après sa disparition. Là encore, la prétendue “stabilité” n’était qu’une stabilité de surface, suspendue à la présence d’un homme, et non enracinée dans des institutions crédibles et respectées.
Ces deux expériences devraient nous enseigner une vérité essentielle :
La stabilité d’un pays ne repose pas sur la durée des hommes au pouvoir, mais sur la solidité de la confiance publique. Or, la confiance naît d’abord du respect de la parole donnée.
Aucune nation ne peut construire une stabilité durable dans un climat de méfiance généralisée, de promesses reniées, de parjure politique et d’incertitude permanente sur les engagements pris.
Comment demander au peuple de croire aux institutions lorsque la parole publique perd constamment de sa valeur ? Comment parler de stabilité lorsque les règles changent au gré des intérêts du moment ? Comment bâtir une paix durable lorsque la confiance entre gouvernants et gouvernés s’effrite continuellement ?
La véritable stabilité ne consiste pas à empêcher le renouvellement des élites. La véritable stabilité consiste à rendre les institutions plus fortes que les individus. Elle consiste à garantir la continuité de l’État malgré les alternances. Elle consiste à faire en sorte que la parole publique ait une valeur sacrée.
Le renouvellement politique n’est pas une menace pour une nation mature. Au contraire, il est souvent le signe d’une démocratie capable de se régénérer, de corriger ses erreurs et de renouveler ses idées.
Ce qui menace une nation, ce n’est pas le changement. C’est l’accaparement durable du pouvoir par des systèmes qui finissent par confondre stabilité et immobilisme.
L’expérience peut être utile. Mais une expérience qui ne produit ni confiance, ni institutions fortes, ni respect de la parole donnée devient simplement l’expérience de l’échec répété.
Dr Faya Lansana MILLIMOUNO







