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Le gouvernement fait payer à la population son manque de sérieux

La pression fiscale sur une matière imposable étroite et non diversifiée risque de ralentir le rythme de l’économie en réduisant considérablement le niveau de consommation. Mais en matière de gouvernance économique, la particularité des dirigeants mal inspirés est la taxation abusive d’un panier réduit de produits les plus consommés car, manquant d’initiatives qui élargissent la matière imposable pour augmenter le potentiel de recettes, ils choisissent souvent des options autoritaires et simplistes.

Pour le cas particulier de cette décision du gouvernement de faire passer le prix du litre de carburant de 9 500 FG à 10 000 FG, ce n’est pas le montant augmenté qui pose problème mais le principe de l’augmentation et ses effets. Il se trouve que la situation précaire des emplois et le niveau élevé de pauvreté font que le volume des consommateurs réels dans notre économie est non seulement très faible, mais aussi les quelques rares travailleurs ont un pouvoir d’achat limité.

Ceci étant, tout porte à croire que le gouvernement, après avoir épuisé la moitié de l’exercice budgétaire 2019 sans obtenir des résultats économiques tangibles, a décidé ainsi de faire du rattrapage en adoptant une approche qui, sur le court terme, peut paraître efficace si l’on observe les résultats de la mesure sous l’angle des recettes publiques; mais elle sera certainement contre-productive sur le moyen et long terme car le manque de vision et les mauvaises habitudes dans la gouvernance (corruption, clientélisme, détournement, amateurisme…) vont amoindrir les impacts ainsi obtenus et la pauvreté grandissante deviendra un frein à la mobilisation des recettes car la matière imposable disparaîtra progressivement. Ce qui aura pour conséquence de multiples crises qui fragiliseront davantage l’économie.

Au-delà, le fait de justifier cette augmentation du prix par les cours mondiaux des produits pétroliers alors que le même gouvernement avait refusé de baisser le prix du carburant lorsque la tendance était à la baisse sur le marché mondial, montre toute la dimension du manque de sérieux de nos dirigeants. Et d’ailleurs il faut préciser que la tendance du prix reste toujours baissière contrairement à leur affirmation.

Au regard de tous ces paradoxes, il faudrait comprendre qu’en Guinée, généralement les augmentations des prix ne peuvent se justifier par la conjoncture internationale pour la simple raison que les grands problèmes de notre économie sont liés à des causes internes. En illustration, le fait qu’une bonne partie de l’architecture du prix du litre à la pompe soit composée de taxes diverses dont la plupart sont spéciales, démontre suffisamment cet état de fait. Cela dénote le focus que l’Etat met sur cette denrée très consommée pour en faire une solution de rattrapage de ses nombreux dérapages et contre-performances par rapport à ses objectifs budgétaires.  Et il en fait recours à chaque fois qu’il est coincé.

Enfin, pour le cas spécifique du carburant, il est important de savoir que le prix à la pompe n’est pas directement lié au prix du baril sur le marché boursier. Alors si on ajoute que le principe de la fluctuation suppose la variation des cours dans les deux sens (hausse et baisse), étant donné que notre gouvernement ne s’ajuste qu’à la hausse, il y va de soi qu’on en déduit que nos dirigeants ne sont que des menteurs et des paresseux.

 

Aliou Bah

Président de l’organe provisoire de direction du MoDeL

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