Le géant russe Rusal s’engage dans la transformation de la bauxite au Ghana, un vieux défi industriel et un nouvel pour le secteur extractif du pays. Ce projet cible une extraction annuelle de 5 millions de tonnes de bauxite, indiquent les promoteurs.
Le Ghana possède des mines de bauxite et produit déjà de l’aluminium, mais sa fonderie doit importer l’alumine nécessaire à son fonctionnement, faute de raffinerie nationale. La construction d’une telle installation permettrait de relier ces activités, mais les projets annoncés jusqu’ici se heurtent à des obstacles industriels et financiers.
Le géant russe de l’aluminium Rusal a signé ce 29 octobre un protocole d’accord avec la Ghana Integrated Aluminium Development Corporation (GIADEC), organisme public chargé de développer la filière ghanéenne de l’aluminium, pour créer une coentreprise consacrée à l’extraction et à la transformation de bauxite. Conclu à Moscou, en marge du forum Russie-Afrique, cet accord porte sur un objectif de production annuelle de 5 millions de tonnes de bauxite et une capacité de transformation de 1,2 million de tonnes, selon les déclarations du directeur général de Rusal, Evgeny Nikitin, rapportées par l’agence russe RIA Novosti.
L’annonce intervient alors que le Ghana cherche depuis plusieurs années à compléter sa filière de l’aluminium. Selon Emirates Global Aluminium (EGA), le pays dispose de plus de 900 millions de tonnes de ressources en bauxite, mais n’en produit qu’environ 1,5 million de tonnes par an. Le Ghana possède également une fonderie d’aluminium, VALCO, située à Tema, mais aucune raffinerie permettant de transformer la bauxite en alumine, matière première utilisée par cette installation. Le minerai extrait, localement est ainsi exporté, tandis que la fonderie dépend d’importations d’alumine.
Une transformation locale promise depuis des années
Le volet transformation envisagé par Rusal pourrait s’inscrire dans cette ambition industrielle, même si les installations précisément prévues par le groupe restent à détailler. Avant l’arrivée de l’industriel russe, plusieurs partenariats avaient déjà été engagés pour développer le raffinage de la bauxite au Ghana, sans qu’une raffinerie d’alumine voie le jour.
En janvier 2020, GIADEC avait signé un protocole d’accord avec le groupe chinois Bosai Minerals pour porter la capacité annuelle de la mine d’Awaso de 1 à 5 millions de tonnes de bauxite et construire une raffinerie capable de produire 1,6 million de tonnes d’alumine par an. Ces objectifs figuraient dans le budget national présenté par le gouvernement ghanéen en 2021. Le projet a toutefois été suspendu après le retrait de Bosai, qui a cédé sa participation de 80 % dans Ghana Bauxite Company à un consortium ghanéen. En 2022, GIADEC indiquait chercher à relancer le programme avec le nouvel actionnaire.
D’autres partenariats ont depuis été engagés. Le groupe ghanéen Rocksure International avait été associé au développement d’une mine et d’une raffinerie à Nyinahin, mais le projet a rencontré des difficultés juridiques. En juillet 2025, le gouvernement a indiqué que le titre minier concerné n’avait jamais été ratifié par le Parlement. La même année, GIADEC a signé un accord avec le groupe émirati Emirates Global Aluminium pour étudier des possibilités d’approvisionnement en bauxite à long terme et de développement d’infrastructures ferroviaires et portuaires.
Le développement d’une filière intégrée demeure pourtant une priorité des autorités. En octobre 2026, le président John Dramani Mahama a réaffirmé sa volonté de développer le raffinage de la bauxite et de moderniser VALCO. L’objectif est de permettre au pays de tirer davantage de valeur de ses ressources minérales, en reliant l’extraction à la production d’aluminium.
Le défi du financement et de la rentabilité
Si les autorités ghanéennes continuent d’attirer des investisseurs, la construction d’une raffinerie reste une opération économiquement complexe. Une étude publiée le 5 août 2026 par le Natural Resource Governance Institute (NRGI) permet de comprendre pourquoi. Selon ses simulations, une raffinerie ghanéenne produisant un million de tonnes d’alumine par an aurait du mal à être rentable dans les conditions économiques étudiées, en raison notamment du coût de l’énergie, de la bauxite, de la soude caustique utilisée dans le raffinage et des financements. Même dans les scénarios de soutien public les moins coûteux examinés, l’installation pourrait nécessiter entre 71 et 74 millions de dollars d’appui annuel pendant plus de vingt ans, en l’absence de financements concessionnels. Ces estimations, qui excluent certains investissements dans les infrastructures, concernent une installation hypothétique et non le projet annoncé par Rusal.
Le groupe russe dispose néanmoins d’une expérience industrielle importante dans ce domaine. En Guinée, il exploite plusieurs gisements de bauxite, dont Kindia et Dian-Dian, ainsi que le complexe de Friguia, qui associe extraction minière et production d’alumine. Selon son rapport annuel, Rusal a produit 18,45 millions de tonnes de bauxite dans le monde en 2025, dont environ 11,25 millions en Guinée. Une implantation au Ghana pourrait donc représenter un développement significatif de ses activités minières et contribuer à diversifier ses sources d’approvisionnement.
Avec Agence Ecofin







