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Le géant minier britannique A&S Resources obtient 5,1 milliards d’euros pour sa voie ferrée devant relier la Centrafrique au Cameroun

Enclavée, mais avec un sous-sol qui attise les convoitises, la République centrafricaine pourrait enfin disposer d’un corridor à la hauteur de ses ambitions minières. Le projet porté par A&S Resources redessine les perspectives d’exportation du pays, et pourrait, au passage, renforcer la position du Cameroun comme porte de sortie des minerais d’Afrique centrale.

La compagnie minière britannique A&S Resources Limited a annoncé avoir bouclé un financement de 5,17 milliards d’euros (6 milliards de dollars), soit environ  auprès de l’Export-Import Bank of India (EXIM Bank). L’argent servira à la construction de la voie ferrée devant relier ses gisements de haute teneur en fer de Bakala/Topa et Bogoin, respectivement situés dans le Centre-Est et Centre-Ouest de la République centrafricaine, jusqu’au port en eau profonde de Kribi, au Cameroun. L’annonce, faite début septembre, marque une étape décisive pour un projet évoqué depuis plus d’une décennie entre Bangui et Yaoundé.

Longue d’environ 1 350 kilomètres, la ligne à double voie sera dimensionnée pour acheminer jusqu’à 250 000 tonnes de fret par jour, avec une capacité extensible à 300 000 tonnes. Le projet contribuera à désenclaver un gisement dont le potentiel de la zone est évalué à plus de 20 milliards de tonnes de minerai de fer à haute teneur par A&S Resources, pour une valeur brute enfouie estimée à près de 2 150 milliards d’euros. L’entreprise revendique également des droits sur des terres rares, du cuivre et d’autres minéraux critiques.

Tous les feux sont au vert

A&S Resources indique que ce financement fait suite à une série d’accords-cadres signés plus tôt cette année, portant sur le développement minier, la construction de la voie ferrée, la logistique d’exportation ainsi que des contrats d’enlèvement à long terme. Des études topographiques et techniques ont déjà été engagées sur le tracé, la mobilisation opérationnelle du chantier étant programmée pour la fin de l’année 2026.

L’implication de l’EXIM Bank, institution publique indienne dédiée au financement du commerce extérieur, s’inscrit par ailleurs dans une stratégie plus large de New Delhi visant à sécuriser l’accès de ses industries à des ressources minières critiques et stratégiques sur le continent africain.

Sur le terrain, le projet de voie ferrée s’appuie sur Trans African Railway Systems (TARS), filiale sœur d’A&S Resources, dont la première pierre du siège social avait été posée à Bangui début novembre 2025 en présence du président Faustin-Archange Touadéra. La construction proprement dite du corridor a été confiée à China Railway Sixth Group (CRSG), filiale du géant public China Railway Group, fort de plus de 6 200 kilomètres de lignes déjà livrées sur le continent africain.

Des enjeux économiques nationaux

Pour Bangui, cette liaison représenterait un changement de statut économique majeur. Actuellement privée d’accès direct à la mer, la RCA voit ses échanges commerciaux pénalisés par des coûts logistiques prohibitifs, dépendants des corridors routiers et fluviaux régionaux. Une connexion ferroviaire directe vers Kribi pourrait alléger sensiblement ces contraintes, tout en dynamisant l’activité minière, la création d’emplois et le développement industriel dans les deux pays traversés.

Pour le Cameroun, l’enjeu est également stratégique. Le port de Kribi, déjà positionné comme hub régional pour les exportations camerounaises, verrait son rôle renforcé comme porte d’entrée continentale pour les ressources d’Afrique centrale.

Reste que l’ampleur du calendrier annoncé, associée à la complexité technique d’un tracé traversant deux pays et à l’histoire mouvementée du projet — évoqué depuis 2011 invite à la prudence. Les prochains mois, avec le lancement effectif des travaux attendu fin 2026, permettront de mesurer si ce financement indien marque enfin le décollage réel d’un corridor longtemps resté à l’état de promesse.

 

Par Agence Écofin