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La foi bradée : le scandale du silence religieux en Guinée

En Guinée, le malaise n’est plus seulement politique ; il est devenu une crise profonde de la conscience morale. Ceux que la nation avait investis de la plus haute des responsabilités, celle d’être les gardiens de la vérité, de l’éthique et de la justice, ont déserté le terrain du devoir pour embrasser les dorures du pouvoir.

Rencontrer les autorités, implorer la paix ou prier pour la nation s’inscrit dans la tradition des guides spirituels. Mais lorsque cette proximité se mue en une vassalité complaisante, lorsque la parole sainte est instrumentalisée pour sanctifier des arbitrages politiques contestables, le berger abandonne son troupeau. Le silence des chefs religieux face aux atteintes répétées aux libertés fondamentales, aux violences d’État et aux larmes des familles endeuillées n’est plus de la prudence : c’est une abdication, voire une complicité.

Où est passée la ferveur de nos imams et de nos évêques quand la jeunesse guinéenne crie sa détresse ? Comment expliquer cette stupéfiante asymétrie : une présence permanente dans les salons dorés pour multiplier les bénédictions autour des princes du jour, et un mutisme assourdissant là où les droits humains sont piétinés ?

Toutes les traditions monothéistes enseignent que la prière n’a de valeur que si elle s’accompagne d’un engagement indéfectible en faveur de la justice. Dans l’islam comme dans le christianisme, le premier devoir du guide face au gouvernant est de lui rappeler sa finitude et ses devoirs envers le peuple. Le Saint Coran n’a pas été révélé pour servir de décorum aux cérémonies officielles, ni pour offrir un vernis de légitimité divine à des abus terrestres.

En choisissant le confort des privilèges et la tiédeur des concessions, ces autorités morales instillent un venin dangereux au cœur de la société. Elles détruisent les derniers repères d’une jeunesse déboussolée et alimentent la conviction cynique que tout s’achète, même la conscience divine.

La Guinée traverse une tempête qui exige des hommes debout, incapables de plier sous la tentation de la facilité. Les régimes passent, les hommes de pouvoir s’effacent, mais la mémoire collective conserve les traces des courages comme des lâchetés. Il viendra un temps où il faudra comptabiliser non seulement les paroles prononcées, mais surtout les silences observés lorsque la patrie souffrait.

Le peuple guinéen ne demande pas à ses dignitaires de gérer la cité, mais d’incarner la conscience qui empêche le pouvoir de basculer dans la tyrannie. La foi vaut mieux que le servilisme, la religion vaut mieux que l’instrumentalisation, et le peuple guinéen mérite une parole religieuse libre, digne et courageuse.

 

Souleymane Souza KONATÉ