Emportés de force le 9 juillet 2024, et depuis deux ans, rien. Pas un signe de vie, pas une seule nouvelle. Le silence total. Mamadou Billo et Oumar Sylla Foniké sont détenus dans un lieu secret, mais par qui, exactement ? Qui les cache, qui les retient, qui fait peser ce silence ? Une question obsédante, que tous les Guinéens épris de paix et de justice se posent, et qui reste, scandaleusement, sans réponse. Même sans réponse gouvernementale, les Guinéens lucides savent très bien qui sont les ravisseurs, nul besoin d’un communiqué pour comprendre ce que tout le monde voit.
Les témoignages et les profils de Foniké et Billo montrent clairement qu’ils n’ont pas disparu pour une histoire de trésor ou de richesse. Ils ont été kidnappés parce qu’ils refusent de plier leur discours à celui du CNRD, parce qu’ils ne se soumettent pas, parce qu’ils ne récitent pas la ligne officielle. Voilà, tout simplement, leur “crime”. Aucun flou possible : le CNRD de Doumbouya porte la responsabilité de la disparition de ces deux fils de la Guinée. Aucune trace de morale, aucune parcelle de commisération pour leurs familles, rien, que le froid mépris du pouvoir.
C’est une épreuve terrible : voir toute une famille condamnée au silence, et des enfants privés de l’être le plus cher. Une violence qui ne dit pas son nom, mais qui ravage tout. La justice, annoncée comme “boussole”, est devenue un simple levier au service de la répression. Un Guinéen est enlevé, et aussitôt la machine judiciaire s’empresse de publier un communiqué pour feindre le sérieux. Une mise en scène, rien de plus : une stratégie pour amadouer le peuple et blanchir le bourreau
Depuis que cette nébuleuse s’est installée à la tête du pays, une seule chose se lit sur les visages des Guinéens : la désolation, le désenchantement, l’usure d’un peuple qu’on étouffe à petit feu. Nous avons connu des dictatures, certes, mais celle-ci se distingue par une férocité d’une rare intensité, une brutalité qui dépasse tout ce que le pays avait enduré jusque‑là. Écraser tout un peuple sous les bottes : voilà la méthode, brutale, assumée, qui étouffe la Guinée jour après jour. Les cas de Billo et Foniké ne sont pas des accidents isolés : ils s’inscrivent dans un système parfaitement huilé, conçu pour réduire au silence toute voix qui ose critiquer. À l’occasion de ce triste anniversaire, les activistes ont recensé 35 disparitions forcées. Tout cela porte la marque du CNRD, un système qui fait du silence et de la peur sa méthode de gouvernement.
Comme les années précédentes, les Guinéens, le regard perdu, attendent presque la providence pour les délivrer de cette autre dictature hideuse, une attente lourde, résignée, qui en dit long sur l’état du pays.
Mamadou BARRY III







