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Guinée : la malédiction des richesses inutiles

Riche en ressources naturelles mais pauvre en résultats sociaux, la Guinée incarne l’un des paradoxes les plus troublants du continent africain. Ce pamphlet interroge, sans complaisance, l’usage des richesses nationales et la responsabilité des élites dirigeantes face à un retard devenu structurel.

La Guinée est un paradoxe africain. Elle est riche, immensément riche, mais vit comme un pays sans ressources. Son sol et son sous-sol regorgent de bauxite, d’or, de fer et de diamants ; pourtant, l’État guinéen peine à offrir à ses citoyens les services les plus élémentaires. Cette contradiction n’est ni naturelle ni fatale : elle est politique.

Plus de six décennies après l’indépendance, la Guinée ne dispose toujours pas d’un stade homologué capable d’accueillir un simple match international aller ou retour de ses équipes locales. Elle n’a jamais organisé une Coupe d’Afrique des Nations, ni accueilli un sommet majeur de l’OUA hier ou de l’Union africaine aujourd’hui. Pour un pays qui se réclame de la souveraineté et du leadership régional, le constat est accablant.

Les chiffres de l’exportation minière sont régulièrement brandis comme des trophées. Pourtant, les fonctionnaires guinéens comptent parmi les moins bien rémunérés de toute l’Afrique de l’Ouest. Les routes sont impraticables, les hôpitaux sous-équipés, les écoles abandonnées. Les malades n’ont d’autre choix que l’exil sanitaire, quand ils en ont les moyens. Sinon, ils subissent. Souvent, ils meurent.

La Guinée fait même figure d’exception négative : elle est citée parmi les rares pays à ne pas disposer d’un avion national. Cette absence dépasse la question du transport ; elle symbolise l’effacement progressif de l’État, l’abandon de toute ambition collective et le renoncement à l’idée même de projection nationale.

Tout ce qui devrait incarner la modernité fait défaut. Tout ce qui relève de l’archaïsme persiste. La Guinée est devenue un concentré d’anachronismes, un pays où le retard n’est plus un accident, mais un système. Ce retard est le produit d’une gouvernance sans vision, d’une gestion prédatrice des ressources et d’une rupture totale entre les dirigeants et le peuple.

Les richesses minières n’ont pas servi à bâtir des infrastructures durables, à former le capital humain ni à préparer l’avenir. Elles ont surtout servi à entretenir des réseaux, à consolider des pouvoirs et à acheter le silence. Pendant ce temps, la population s’épuise, s’appauvrit et perd foi en l’État.

Dès lors, une question s’impose : les dirigeants guinéens ont-ils encore la paix du cœur ? Peuvent-ils continuer à répéter chaque année les mêmes promesses sans résultats visibles, sans remise en cause, sans honte ? Le pays stagne, les frustrations s’accumulent, et l’écart entre le discours officiel et la réalité vécue devient insupportable.

Il ne s’agit plus d’un simple retard de développement. Il s’agit d’une faillite morale et politique. Et l’histoire, tôt ou tard, en demandera compte.

 

Par K. Doumbouya