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COP30 : la finance climatique, un blocus dans les négociations

Les négociations de la trentième conférence de l’ONU sur les changements climatiques (COP30), qui se termine ce vendredi 21 novembre, patinent à trouver un accord de financement des pays du sud principales victimes du phénomène. Dans les différents groupes de négociations, l’Arabie Saoudite, le Nigéria et le Qatar s’opposent aussi à l’abandon des énergies fossiles.

Un « jeu de poulie » diplomatique entre trois grands sujets épineux – finance, commerce et ambition climatique – devrait animer la dernière ligne droite des tractations climatiques à Belém, censées se terminer vendredi 21 novembre. Mardi 18 novembre, la présidence brésilienne de la COP a proposé une première synthèse aux États et convoque une session plénière pour ce mercredi. À ce stade, tout ou presque reste à trancher.

La présidence brésilienne de la COP30 a sonné l’heure du mutirão. Le slogan de cette COP, issu du dialecte tupi-guarani, désigne le moment où une communauté se ressemble pour une tâche à accomplir ensemble, dans l’entraide mutuelle. Aux Émirats arabes unis, il y a deux ans, la présidence avait convoqué un majlis, l’assemblée ou le conseil en arabe, et la méthode avait fonctionné.

Ces termes peuvent paraître anecdotiques, mais ils contiennent le premier objectif purement diplomatique de cette COP30 : le renforcement du multilatéralisme, en état de déliquescence avancé dans de nombreuses arènes internationales. Or, la lutte contre le changement climatique, crise interconnectée, est l’affaire de tous.

Un premier brouillon pour tenter de régler les questions qui fâchent

Et c’est en « soulignant le rôle critique » de ce concert des nations que commence le premier texte politique de compromis publié mardi. Appelé le « mutirão mondial », ce corpus de neuf pages esquisse la décision finale.

Chaque État aimerait voir ses intérêts reflétés dans ce texte. La présidence de la COP30 a assuré que les négociateurs travailleraient jour et nuit pour parvenir à une entente ce mercredi soir, lors d’une séance plénière. La COP30 est censée s’achever vendredi soir, mais depuis 2003, toutes ont dû jouer les prolongations.

La présidence brésilienne a donc préféré anticiper les difficultés, cernées dès le premier jour. Elle a soumis, dès mardi matin, un premier brouillon de mutirão qui aborde les quatre sujets les plus contentieux.

Le premier, c’est l’ambition climatique des États qui se mesure normalement à travers des plans climat (NDC) mis à jour. Les plans climatiques des pays, volontaires et non contrôlées, montrent leurs limites. Tous étaient dus pour le 30 septembre… Le 119e, celui du Mexique, a seulement été déposé ce mardi. L’UE, puissance motrice dans la lutte climatique, est déchirée, moins ambitieuse, et l’a rendu à la veille de la COP. Ces politiques nationales sont pourtant importantes : elles doivent permettre d’inverser la courbe du réchauffement. Or, c’est l’inverse qui se passe puisque les températures moyennes devraient atteindre les +2,8 °C avec les politiques actuelles d’ici à 2100. Un niveau insupportable pour bien des populations et des conséquences économiques inestimables.

Le brouillon propose donc que les plans climat deviennent un point à l’agenda des COP pour que cela incite les pays à vraiment les mettre en place. Pas sûr du tout que l’option soit acceptée par la Chine, qui n’aime pas trop qu’on regarde dans ses politiques intérieures, ou par l’Inde, dont on attend toujours la copie.

Les autres sujets contentieux, la finance publique, car les pays du Nord, censés aider le Sud, estiment qu’elle a été traitée l’an dernier ; les mesures unilatérales restrictives, qui s’invitent bruyamment dans le dossier climat comme moyen de pression sur les pays du Nord, notamment sur l’UE, dont le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est jugé injuste par les exportateurs ; et la transparence dans le droit de regard de l’ONU-climat sur la bonne volonté des États.

À ce stade, le texte du mutirão mondial est une liste d’options sur ces points, « un mélange de ce que veut tout le monde, observe Marine Pouget, experte au Réseau Action Climat, et tout reste à faire. » Enlever, reformuler les passages.

Le président brésilien Luiz inacio Lula da Silva est attendu ce mercredi à Belém où il doit rencontrer des délégations pour booster le processus. « Il vient boucler la boucle : il a appelé à une feuille de route [sur la sortie des énergies fossiles] le 6 novembre. Là, il espère atterrir avec cette feuille de route avant de s’envoler pour le G20 », analyse Fanny Petitbon, experte des négociations climatiques à 350.org.

Sortie des énergies fossiles : le mouvement s’amplifie

Il pourra déjà compter sur près de 90 pays qui ont rejoint une coalition pour « l’Appel au mutirão pour une feuille de route sur les combustibles fossiles ». En début d’après-midi hier, vingt-deux têtes dirigeantes de pays développés (Royaume-Uni, Allemagne, France…), d’Amérique du Sud (Colombie en tête) et des îles du Pacifique ont formé un groupe compact sur l’estrade de la salle des conférences de presse, à son comble. Ces pays veulent combler le fossé qui sépare les trajectoires de réchauffement actuelles et celles qu’elles devraient être pour rester à +1,5°C de réchauffement.

Pour tenir cet objectif, une sortie progressive des fossiles a été actée dans l’accord trouvé à Dubaï en 2023. Une feuille de route pour la planifier est donc indispensable et urgente, insistent ces pays, opposés aux États pétrogaziers, de la Russie au Golfe.

La coalition pousse pour que la mention d’une feuille de route figure dans la déclaration finale, qui doit être adoptée par consensus, afin de lui donner une envergure juridique universelle.

Et si elle se retrouve dans le brouillon, elle n’est que sous forme d’option et Tina Stege, l’émissaire pour le climat des Iles Marshall, a jugé la formulation de cette option trop « faible ». Elle pousse pour en faire un vrai « plan ». L’objectif de 1,5 °C est une question de survie pour les petites îles menacées par les cyclones et la montée des eaux.

L’initiative a été saluée par Jasper Inventor, responsable international à l’ONG Greenpeace, pour qui cette initiative « pourrait représenter un tournant de la COP30 », « un signal fort venu du Sud et du Nord » qui doit « se retrouver dans le résultat final de cette COP ».

Face aux besoins économiques, les fossiles restent « une aubaine »

Le ministre sierra-léonais prévenait que pour son pays, le 1,5 °C est une question de survie », mais que « c’est aussi une question économique ». « Les coûts de l’adaptation augmentent bien plus vite que ce qu’on peut se permettre. Les marchés assurantiels vont s’effondrer même dans les pays développés ». Cette sortie doit donc s’accélérer, mais de manière « juste » et « équitable », « particulièrement pour l’Afrique ». « Nous devons continuer à sortir nos populations de la pauvreté (…) si nous continuons de dépenser d’énormes parties de nos budgets à simplement s’adapter au climat, c’est moralement indéfendable ».

Mais tout le Sud n’est pas aligné. Certains ne comptent pas rejoindre cet appel. Le Sénégal, par exemple, exploite du pétrole et du gaz depuis l’année dernière. « Nous espérons en tirer des dividendes pour résorber le gap de la pauvreté, pour donner à nos populations des conditions de vie décentes. C’est une aubaine et nous tenons à en profiter pleinement », explique le ministre de l’Environnement sénégalais, Abdourahmane Diouf. « Des pays ont profité pendant des années » des énergies fossiles pour se développer, c’est donc « leur responsabilité de prendre des mesures d’atténuation » des gaz à effet de serre. « Nous sommes conscients des enjeux environnementaux liés aux fossiles, mais nous sommes dans une logique de mix énergétique, de transition. Qu’on nous donne le temps de passer des fossiles aux renouvelables », poursuit Abdourahmane Diouf. « Ce n’est donc « pas l’heure de nous demander d’être dans une coalition anti-fossile. C’est nous tirer une balle dans le pied. »

Pour ces pays peu développés, la nécessité d’une feuille de sortie des fossiles prend tout son sens, à condition que les dates soient « différentiées, en fonction de la responsabilité historique des pays dans le réchauffement », précise Fanny Petitbon. Les grandes puissances et pollueurs historiques, déjà engagés dans la transition énergétique, doivent les abandonner en premier.

Le bloc des Pays les moins avancés ne veut rien céder sur l’adaptation

Alors que l’effet d’annonce ministériel venait de s’achever, à quelques mètres de là, trois jeunes négociateurs africains du groupe des Pays les moins avancés (44 nations) se présentaient devant une dense forêt de micros et de caméras. Ils venaient exposer leurs craintes sur l’Objectif mondial d’adaptation. Un sujet qui figure bien à l’agenda officiel et doit faire l’objet d’un accord.

Ce dossier consiste principalement à s’entendre sur une centaine d’indicateurs concrets pour évaluer le suivi des mesures de préparation aux catastrophes dans les pays. En parallèle, la somme de 40 milliards par an à verser par les pays du Nord aux pays en développement pour l’adaptation, fixée il y a cinq ans, arrive à expiration. Le montant délivré jusqu’à présent est de 26 milliards de dollars – essentiellement constitué de prêts, ce qui enferme ces pays dans le piège de la dette. Et selon le dernier rapport de l’ONU sur l’adaptation, il en faudrait 310 milliards.

« Les indicateurs, c’est bien (…) mais ça ne répare pas nos villages balayés par les pluies, ils ne remettent pas nos champs sur pied », explique la Soudanaise Lina Yassin. « Sans un paquet qui ne donne pas seulement des indicateurs, mais aussi de l’argent, tout ce qu’on discute ici reste symbolique. On va renter à la maison et rien ne va changer. »

Leur demande de voir le montant de 40 milliards tripler dans les prochaines années figure bien dans le texte, mais là encore, elle n’est qu’une option, donc pourrait sauter dans des tractations de dernières minutes. Les pays les moins avancés craignent par exemple que leur demande passe à la trappe. « On n’a pas reçu assez de garanties et c’est ce que nous demandons à nos partenaires donateurs », poursuit la négociatrice, « nous sommes les plus pauvres, les plus vulnérables et ceux qui ont contribué le moins au changement climatique. Pour nous, chaque COP est celle de l’adaptation. »

Mais les nations du Nord, en proie à des contextes budgétaires et politiques peu favorables, freinent des quatre fers sur cette question financière. Wopke Hoekstra, le commissaire européen au Climat, a prévenu qu’il n’était pas question de « rouvrir les compromis atteints difficilement l’an dernier en termes de financement » des pays riches en direction des pays en développement.

Au total cinquante cinq mille accrédités en plus des 300 lobbys venus des multinationales sont présents à cette conférence internationale sur le climat.