En Guinée comme dans les autres pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, le poulet est l’une des principales sources de protéines animales. La filière locale peine toutefois encore à prendre son envol.
Le groupe guinéen Société nouvelle de commerce (Sonoco) a bénéficié d’un prêt de 20 millions USD (environ 17,3 millions d’euros) auprès de la Société financière internationale (IFC), bras de la Banque mondiale dédié au secteur privé. Dans un communiqué publié sur son site web le jeudi 26 mars, l’institution financière souligne que ce soutien ira principalement à FERMAV Industries, filiale récemment mise sur pied par le conglomérat.
Un premier projet avicole verticalement intégré
L’enveloppe servira à développer un projet avicole verticalement intégré, le premier du genre en Guinée. Dans les détails, l’initiative couvrira l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’alimentation à la distribution. Elle prévoit la mise en place d’un modèle incluant la production d’aliments pour volailles, des couvoirs, l’élevage de poulets de chair, l’abattage, la transformation et la commercialisation des produits finis.
À terme, l’unité vise une capacité de 15 millions de poulets de chair par an, avec un objectif de création d’environ 400 emplois directs et près de 3 500 emplois indirects.
« Investir dans l’industrie avicole locale en Guinée, c’est investir dans la sécurité alimentaire, l’emploi et la souveraineté économique du pays », a souligné Makhtar Diop, directeur général de l’IFC.
L’autosuffisance en ligne de mire
Avec son nouveau projet, Sonoco ne cache pas ses ambitions pour l’ensemble de la filière. « L’objectif affiché est d’atteindre l’autosuffisance en production avicole dans un horizon de cinq ans », indique le groupe, qui souligne que les premières productions sont attendues dans un délai de 18 à 24 mois.
Il faut dire qu’en Guinée, l’industrie avicole reste embryonnaire comparativement à d’autres voisins comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Aujourd’hui, la filière nationale est encore largement dominée par des élevages traditionnels de petite taille, souvent familiaux, peu mécanisés, avec des difficultés d’accès aux aliments, aux intrants, aux vétérinaires et au financement.
Résultat, la production locale peine à suivre le rythme de la croissance des besoins de la population, pour laquelle la volaille constitue l’une des sources de protéines les plus accessible. Selon les statistiques de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), entre 2020 et 2024, le pays ouest-africain n’a produit en moyenne qu’environ 13 800 tonnes de viande de volaille par an, sans jamais franchir le seuil des 15 000 tonnes.
D’après la SFI, alors que la demande intérieure a connu une hausse de 10% au cours des cinq dernières années, le pays importe encore 85 % de sa consommation. Les données de la FAO révèlent aussi que les importations de viande de poulet sont passées de 49 735 tonnes en 2020 à 81 193 tonnes en 2024. Pendant ce temps, la facture des achats a plus que doublé, atteignant 105,2 millions USD (environ 91,1 millions d’euros) en 2024, avec des marchandises en provenance du Brésil et d’Europe, entre autres.
Enjeux de souveraineté
Dans un tel contexte, le développement d’une production locale compétitive, capable de fournir des protéines de qualité à prix abordable, est non seulement nécessaire pour remplacer les importations mais aussi vitale pour bâtir une souveraineté alimentaire à long terme et fournir des débouchés de commercialisation pour des filières comme le maïs.
Pour rappel, le groupe Sonoco avait déjà bénéficié en 2019 d’un premier prêt de 25 millions USD (environ 21,6 millions d’euros) pour financer le développement d’infrastructures de transformation et de stockage alimentaires. Fondé en 1992, le conglomérat est présent dans plusieurs secteurs comme la minoterie, le transport et la logistique, la métallurgie, la construction et l’immobilier.
Espoir Olodo, Agence Ecofin







