Le 39e sommet de l’Union africaine va se tenir en Éthiopie en fin de semaine, alors que les capacités de l’institution à mettre fin aux guerres qui secouent le continent sont mises en doute. Et que chaque pays joue sa partition en solo face aux Etats-Unis.
À l’ordre du jour, la question de l’eau, de son approvisionnement et de sa gestion a été choisie comme thème central de ce 39e sommet, organisé comme chaque année au siège de l’Union africaine (UA), dans la ville choisie pour accueillir la COP32 en 2027. Mais le silence sera sans doute de mise, selon les experts, en ce qui concerne le dossier le plus sensible autour de ce sujet, à savoir le grand barrage de la Renaissance inauguré l’an dernier et qui alimente les tensions entre l’hôte éthiopien et l’Égypte.
Une situation révélatrice des défis auxquels l’UA est confrontée. Accusée depuis des années de faiblesses structurelles, l’organisation souffre notamment d’une concentration des pouvoirs entre les mains de la Conférence – l’organe qui rassemble les dirigeants – au détriment de la Commission et du Parlement. À cela s’ajoutent des luttes de pouvoir entre états et blocs régionaux.
Avec pour résultat de nombreux blocages qui détournent l’organisation continentale des crises urgentes, tandis que son pouvoir coercitif demeure limité. L’ancien président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, dressait d’ailleurs ce constat en 2024 : « La tendance frénétique à prendre des décisions sans réelle volonté politique de les mettre en œuvre s’est développée à un point tel qu’elle est devenue dévastatrice pour notre crédibilité individuelle et collective. À titre d’illustration, au cours des trois dernières années – 2021, 2022 et 2023 – 93 % des décisions n’ont pas été mises en œuvre. »
Faire front commun
Le continent aurait pourtant besoin de faire front commun pour répondre aux politiques américaines et tenter de négocier de meilleurs accords tarifaires et une extension du programme de l’AGOA, pour l’instant prolongé jusqu’à la fin de l’année. Une stratégie appelée de ses vœux par le Djiboutien Mahmoud Ali Youssouf, à la tête de la Commission depuis un an : « La solidarité entre nos États et la cohésion accrue nous permettront de surmonter ces défis », a-t-il indiqué lors d’un rassemblement en amont du sommet.
Droits de douane : un désastre pour les pays en développement
Pour l’heure, toutefois, chacun avance en ordre dispersé, avec notamment le Kenya sur le point, selon son président, de conclure un accord bilatéral, et certains pays acceptant de recevoir des personnes expulsées des Etats-Unis, comme l’Eswatini ou le Soudan du Sud. D’autres, à l’inverse, cristallisent la colère de Donald Trump, à l’image de l’Afrique du Sud et du Nigeria.
Parmi les ambitions de l’UA restées lettre morte figure, en premier lieu, celle de « faire taire les armes », un programme à l’origine prévu, de façon très optimiste, pour 2020, et désormais repoussé de dix ans… « Sur le continent, nous n’avons pas fait beaucoup de progrès en matière de paix et de sécurité. A l’est de la République démocratique du Congo, au Soudan, en Libye ou dans le Sahel, les défis restent entiers », a reconnu Mahmoud Ali Youssouf.
Sur ce terrain, l’Afrique demeure loin de l’idéal des « solutions africaines aux problèmes africains » rêvé par l’organisation. En RDC, par exemple, ce sont les Etats-Unis qui pilotent les discussions de paix, tandis que l’Afrique du Sud vient d’annoncer le retrait de Casques bleus des forces de l’ONU déployées sur place.
Interventions étrangères
En Somalie, Washington intervient également, militairement, contre les shebabs. « La situation est devenue extrêmement complexe : la Russie est présente, notamment au Sahel, où elle apporte son soutien, et de nouveaux acteurs sont apparus comme la Turquie, ou ailleurs, Israël par exemple. Au Soudan, des rapports indiquent que les Emirats arabes unis soutiennent le général Hemedti », détaille le professeur de l’université de Pretoria Babatunde Fagbayibo.
Comment l’Italie tisse sa toile en Afrique
« On se retrouve face à un puzzle très compliqué, avec de nombreux acteurs extérieurs, et cela complique à la fois la sécurité et l’intégration régionale africaine », conclut le chercheur, alors même que le fonctionnement de l’UA repose en grande partie sur des financements étrangers.
Parmi les partenaires étrangers, une stratégie détonne, celle de l’Italie. Le pays va tenir son deuxième sommet Italie-Afrique le 13 février, et la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, fera le déplacement à Addis-Abeba avant de participer à la session d’ouverture de l’Assemblée de l’Union africaine.
Elle cherche à dérouler « le plan Mattei », annoncé en 2024, en développant un dialogue économique et politique de haut niveau autour de quelques sujets clés comme les infrastructures, la santé, l’agriculture, l’éducation l’énergie et le développement durable. En échange de ses investissements, l’Italie espère limiter les flux migratoires vers l’Europe.
Groupe réduit
À l’issue de ce 39e sommet, le dirigeant autoritaire burundais Evariste Ndayishimiye doit succéder à son homologue angolais João Lourenço à la présidence tournante de l’Assemblée.
Il « pourrait accorder une attention particulière à la crise en RDC et au Sahel pour des raisons spécifiques : la RDC, compte tenu des répercussions de la crise pour le Burundi, notamment sur les plans sécuritaire et humanitaire, explique Dawit Yohannes, de l’Institut pour les études de sécurité (ISS). Et le président burundais exerce également jusqu’à présent les fonctions d’envoyé spécial de l’UA pour le Sahel. »
Mais il devra également décider comment aller de l’avant alors que l’institution se vide de ses membres, suspendus au fil des coups d’État militaires et de l’érosion de la démocratie dans certaines zones. Madagascar a ainsi rejoint le Mali, le Burkina et le Niger sur la liste des pays sanctionnés. La Guinée a pu, pour sa part, être réintégrée cette année.
Avec les Échos







