Alors que le régime militaire mène une opération de nettoyage du secteur minier en annulant les permis miniers illégalement octroyés, une question brûle toutes les lèvres : pourquoi l’entreprise Rouge Mining continue-t-elle de jouir d’un titre minier entaché d’irrégularités flagrantes ?
Depuis trois mois, les autorités guinéennes procèdent à la révision et à l’annulation de nombreux titres miniers pour non-respect du Code minier. Cette initiative, largement saluée par l’opinion publique et les acteurs du secteur, vise à restaurer la légalité et à garantir que les ressources minières bénéficient réellement au peuple guinéen. Cependant, un dossier fait tâche dans cette dynamique de moralisation : le cas de Rouge Mining.
Un permis avant la demande : une aberration administrative
Un simple examen du cadastre minier national révèle une anomalie choquante : le permis octroyé à Rouge Mining a été attribué avant même le dépôt officiel de la demande. Cette séquence viole les dispositions les plus élémentaires du Code minier guinéen. Trois questions essentielles s’imposent :
Peut-on accorder un permis minier avant le dépôt de la demande ?
Peut-on attribuer un permis sans que le comité technique d’examen ne se soit prononcé ?
Une société sans expérience ni capacité technique peut-elle obtenir un titre minier dans un secteur stratégique ?
À toutes ces questions, le Code minier répond sans ambiguïté : non. Et pourtant, Rouge Mining a bel et bien reçu un permis dans ces conditions douteuses, défiant toute logique juridique et administrative.
Une entreprise née hier, promue aujourd’hui
Créée il y a moins de dix mois, Rouge Mining n’a aucune expérience avérée dans l’exploitation minière. En l’absence de dossier technique crédible, de garanties financières solides et d’un historique professionnel dans le secteur, l’octroi de ce permis soulève de graves interrogations. Comment cette société a-t-elle pu franchir tous les filtres d’évaluation sans qu’aucun signal d’alarme ne soit déclenché ? L’explication pourrait résider dans des connexions haut placées au sein du ministère des Mines.
Dans le code minier 2011 amendé en 2013, il est indiqué que le délai d’instruction « Article 22 : Attribution
Le Permis de recherche est accordé par arrêté du Ministre, sur recommandation du CPDM, après avis favorable du Comité Technique des Titres, au demandeur ayant présenté une demande conforme aux exigences du présent Code et de ses textes d’application et possédant les capacités techniques et financières suffisantes, ainsi que des engagements de travaux et de dépenses jugées acceptables.
L’instruction de la demande et l’évaluation cadastrale sont assurées par le CPDM.
L’évaluation technique et environnementale ainsi que les avis y afférents relèvent de la Direction Nationale des Mines et du Ministère de l’Environnement en rapport avec le Comité Technique des Titres. La décision d’approbation ou de refus du Titre minier, sa notification et sa publication relèvent du Ministre en charge des Mines.
Les modalités d’attribution sont les suivantes :
- Pour les périmètres sans informations géologiques ou avec des informations géologiques ne permettant pas d’identifier un Gisement : « le premier demandeur bénéficie du titre»..
Selon des sources concordantes, les instructions claires du PRG visant à garantir la transparence dans l’attribution des permis auraient été ignorées ou contournées. L’opinion publique soupçonne un conflit d’intérêts manifeste au sein même de l’appareil décisionnel, mettant en cause la loyauté de certains collaborateurs du chef de la transition. Image ci-dessous de la date demande et d’octroi du permis de recherche
Une tâche sur l’image de la Guinée
Le scandale Rouge Mining va bien au-delà d’un simple dysfonctionnement administratif. Il porte atteinte à la crédibilité du pays, remet en cause les réformes engagées pour assainir le secteur minier et fragilise l’image de la Guinée auprès des partenaires techniques et financiers. À l’heure où la gouvernance minière est au cœur des priorités nationales, ce genre d’abus décrédibilise les efforts de toute une nation.
Le Président de la transition, en tant que garant de la transparence et de la souveraineté minière, est appelé à agir fermement. Il ne peut rester indifférent à cette entorse manifeste à ses instructions. Il doit exiger des comptes à son ministre en charge des Mines, sanctionner les responsables de ce scandale et réaffirmer que l’intérêt du peuple guinéen prime sur les arrangements privés.
Une vigilance accrue, un signal fort attendu
Le cas Rouge Mining est un test pour l’État guinéen. En l’absence de réaction forte, d’autres opérateurs peu scrupuleux pourraient s’engouffrer dans la brèche, compromettant les efforts en cours. Il est impératif de corriger cette injustice, de révoquer ce permis litigieux et de poursuivre les auteurs de cette mascarade administrative.
La Guinée mérite mieux qu’un système d’attribution de permis fondé sur le favoritisme, les intérêts personnels et le mépris des lois en vigueur. Le scandale Rouge Mining doit être le dernier de cette ère révolue. Le peuple guinéen attend des actes, pas des discours.
Ibrahima










